Pline, Hist, nat, VIII
SÉLEUCUS I NICATOR XXV
gner cette nouvelle assertion d’un lexicographe des bas temps, et la considérer comme inventée après coup, si les représentations de Bucéphale que nous venons de citer n'étaient pas toutes tirées de monuments de la Macédoine ou de l'Occident, tandis que les monnaies qui ont le cheval cornu comme type ou comme symbole accessoire, sont frappées exclusivement, non point dans les provinces occidentales de l'empire de Séleucus, non pas même à Antioche où se trouvait la fameuse statue décrite par Malala, mais dans les provinces de l’Est, en Babylonie, en Bactriane et dans l'Inde, c’est-à-dire, sinon dans la ville même de Bucéphalia, du moins dans la région où cette ville fut fondée par Alexandre en l’honneur de son cheval tué par Porus, et où, par conséquent, la renommée de Bucéphale était le plus populaire. La légende, dans ces contrées éloignées et barbares, donnait peut-être à ce cheval des cornes de taureau, à cause de l’étymologie de son nom.
Enfin, le type de ce cheval de guerre n’a-t-il pas sa raison d’être sur les monnaies de Séleucus, qui, du vivant d'Alexandre, se distingua à la tête de la cavalerie dans les combats qui eurent lieu dans la Bactriane et dans l’Inde ? Remarquez que la tête de cheval cornu se rencontre non seulement sur les monnaies de Séleucus Nicator, mais encore sur celles d’Antiochus I Soter, d’Antiochus IT Théos, d’Antiochus III le Grand et même celles de quelques rois séleucides postérieurs. Aucun autre cheval que Bucéphale n’a donné lieu, dans l’antiquité, à une légende assez populaire et assez persistante pour que son image se prolongeit ainsi sur les monnaies pendant plusieurs générations. Lysippe avait fait la statue en bronze de Bucéphale, comme nous lPapprend Stace: : le cheval d'Alexandre avait donc été immortalisé par l’art tout comme celui de Séleucus.
Quand nous aurons rappelé enfin que, d’après Pline:, il existait chez les Ethiopiens, une espèce de chevaux ailés et armés de cornes, nous aurons groupé à peu près tous les témoignages de l'antiquité qu’on peut invoquer pour expliquer le singulier emblème de Séleucus, de son cheval et de ses éléphants. Mais, comme on l’a vu, ces témoignages sont en désaccord, et il me paraîtrait imprudent de prendre parti pour l’un au détriment des autres. Ce n’est que pour mémoire et sans chercher à établir un rapprochement qui nous échappe, que nous citerons les monnaies d'Elagabale sur lesquelles cet empereur syrien est représenté le front muni de cornes 5, enfin, les monnaies romaines de Gordien le Pieux et de Valérien frappées
en Syrie, avec l’inscription : CORNV PHENICES#.
1. Stace, Sylu., I, 1, 84 et suiv. D’après ce passage, la statue de Bucéphale parait avoir été transportée à Rome,