VIII. — Les Dioscures
* La tête des Cabires ou des Dioscures sur les monnaies des Séleucides, et en particulier, sur celles de Séleucus Nicator, est difficile à expliquer. Cependant on peut, d’une façon générale, en rendre compte par l’extension extraordinaire qu’avait prise le culte des Cabires dans le siècle d'Alexandre. Philippe de Macédoine se fait initier
1. Justin, XVII, 2; Amm,. Marcellin, XXII, 16. 2. Cf. Droysen, Hist. de l'hellénisme, t. II, p. 500. 3. Malala, p. 202-203.
SÉLEUCUS I NICATOR XXXI
aux mystères des dieux de Samothrace:; Lysimaque prend leur temple sous sa protection spéciale: ; tous les rois envoient des présents à ce sanctuaire fameux, asile inviolable ; Arsinoë Philadelphe, Ptolémée Philométor et Persée, le dernier roi de Macédoine, viennent tour à tour y chercher un asile contre linfortune politique, et de nombreuses inscriptions nous attestent que les pèlerins venant de Syrie et de Asie Mineure, aussi bien que de la Grèce, affluaient à Samothrace.
Cependant, que l’on se garde de croire que les monnaies de Séleucus avec la tête des Dioscures ou des Cabires ont été frappées à Samothrace ou à Lemnos, lorsque Séleucus, sur la fin de sa carrière, eut la velléité de s’emparer du trône de Macédoine. Ce sont des pièces émises, pour la plupart, en Syrie, autant qu’on en peut juger par leur style ; il convient donc d’y reconnaître, non pas précisément les dieux de Samothrace, mais les Kabirim phéniciens, associés, d’ailleurs, dès le temps d'Alexandre, aux Cabires de Samothrace et de Lemnos, et symbolisés, comme eux, dans la constellation zodiacale des Gémeaux. Les Cabires phéniciens, originairement au nombre de huit, mais réduits à deux dans le culte de l’époque gréco-romaine, passaient, comme les Dioscures auxquels ils furent assimilés, pour protéger les vaisseaux sur mers. Aussi, ces dieux Sauveurs forment-ils le type des monnaies de Berytus et de Tripolis. Un tétradrachme sans nom de ville, attribué par Eckhel à Tripolis, montre les deux Cabires-Dioscures, debout de face, la tête surmontée d’une
étoile, et accompagnés de la légende bien significative KABEIPON ZYPION+. C’est la tête de ces Cabires syriens que nous voyons sur les monnaies de Séleucus Nicator, et que nous rencontrerons souvent dans la suite de notre catalogue. Polybe; nous informe qu’au temps d’Antiochus III le Grand, il y avait, sur l’Oronte, auprès de Séleucie, un temple des Dioscures (Atosxoÿpov) : ce sanctuaire avait probablement été fondé, comme la ville elle-même, par Séleucus Nicator.
Les rois de Syrie contribuërent à propager le culte des Cabires syriens jusque dans les provinces les plus reculées de leur empire; de là vient que les Cabires paraissent snr les monnaies de la Bactriane à partir du règne d’Eucratide, et on les voit aussi sur des bronzes attribués par Longpérier à Phraate Ieré, Sur ces monnaies bactriennes et parthes, comme aussi sur un bronze de Séleucus, ils figurent montés sur leurs chevaux Xanthus et Cillarus, et galopant, la lance à la main; c’est ainsi que nous les montrent également les deniers de la République romaine. Ils nous apparaîtront encore à cheval, la lance en arrêt, sur les beaux tétradrachmes d’Antiochus VI Dionysos?.
t. Plutarque, Alexandre, 2,
2. {nscription publiée dans les Monatsberichte de l'Académie de Berlin, 1855, p. 623.
3. Fr. Lenormant, Les origines de l'Histoire, t. 1, p. 15953 cf. art. Cabiri dans le Dict. des ant. gr. et rom. de Datemberg et Saglio ; Teohari Antonescu, Cultul Cabirilor in Dacia, p.132 (in-8°, Bucarest, 1889).