‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 54 sur 419 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

ressante à formuler, car elle repose sur des faits précis que nous pouvons résumer comme il suit :

Peu d’années après la fondation d’Antioche, des statues divines destinées à l’oracle Apollon furent transportées de Cypre dans la nouvelle ville. La statue d’Apollon assis sur l’omphalos, type des monnaies des rois de Syrie, est pareille à celle qui, antérieurement, avait formé le type des monnaies de Nicoclès, roi de Paphos ; elle a, au point de vue sculptural, un caractère semi-archaïque qui permet de la considérer comme la copie d’une œuvre bien antérieure au temps de Séleucus Nicator. On peut donc raisonnablement conjecturer : ou bien que c’est une copie de la statue de l’Apollon de Paphos, ou bien que c’est cette statue ellemême qui aura été transportée à Antioche.

Ce furent les monnaies des rois de Syrie qui rendirent populaire dans le monde ancien le type d’Apollon assis sur Pomphalos. Différentes villes l’imitèrent, plus ou moins servilement, par la suite; nous citerons : Sinope, Cyzique, Calchedon, Chersonesus de Crète, Sicyone, Zacynthus. Parfois, le caprice des artistes monétaires crée des variantes, même dans la série des Séleucides, mais en petit nombre et pour des pièces dont l’émission paraît avoir été plus restreinte. C’est ainsi que, sous Antiochus I Soter lui-même, des pièces de bronze, peut-être frappées en Europe, ont un type qui, à l’encontre du type classique, paraît se rapprocher de la monnaie des Amphictyons delphiques : ce n’est plus Apollon archer, mais Apollon citharède, vêtu d’un long chiton et tenant sa lyre sur sa jambe, prêt à en jouer (Catal. n°5 186 et 187), ou bien accoudé sur sa lyre posée à terre, à côté de l’omphalos (Cafal. n°s 157 à 163); le trépied est parfois derrière lui. Sous d’autres règnes, nous verrons Apollon avec le torse nu et les jambes enveloppées dans sa chlamyde (Catal. n° 295), modifications évidemment inspirées du type de Zeus aétophore ou nicéphore. Ces variantes ne sont que des exceptions qui ne sauraient infirmer les remarques qui précèdent. Apollon assis sur lomphalos disparaît presque complètement. de la série des monnaies séleucides après le règne d’Antiochus IV Epiphane; il se trouve supplanté, à partir de ce moment, par le type de Zeus Olympien.

IT. — Monnaies de bronze frappées en Europe.

Nous avons, tout à l’heure, fait allusion aux prétentions d’Antiochus I Soter au

trône de Macédoine et aux efforts de ce prince pour disputer à Antigone Gonatas le

pays d’où Alexandre était parti pour faire la conquête du monde. Nous savons qu'Antiochus, dès le début de son règne, mit le pied en Europe à la tête d’une armée pour venger son père assassiné; qu'il prit Cassandrea, en l’an 279; qu'il envoya aux Grecs un contingent de troupes commandé par Télésarchos pour repousser l’invasion des Gaulois ; qu’il fournit des subsides à Pyrrhus, roi d’Epire, pour son expédition en Italie; que la guerre dura longtemps entre lui et Antigone à

qui il finit pourtant, en désespoir de cause, par fiancer sa sœur Phila; nous savons qu’il entretint des rapports amicaux avec Delphes et d’autres villes d'Europe ; mais, malgré tout, ces renseignements sont fort vagues, et les historiens ne nous disent pas jusqu’à quel point précis s’est avancé Antiochus, jusqu'où il a étendu sa domination ni combien de temps elle a duré. Les monnaies paraissent suppléer quelque peu à ce silence des auteurs. Antiochus I Soter a une série considérable de monnaies de bronze, assez communes, qui ont sûrement été frappées dans des villes d'Europe, c’est à dire en Thrace, en Macédoine, en Thessalie et, semble-t-il, jusqu’en Etolie:.

Ces monnaies, les témoins des prétentions d’Antiochus au trône macédonien, forment trois groupes distincts qui répondent aux descriptions suivantes :

1. Bouclier macédonien. 2. Eléphant cornu (Cafal. n°s 167 à 173). 2. Tête de Zeus. BL. Foudre (Catal. n°5 174 à 176). | 3. Tête d’Apollon. Bz. Trépied (Cafal. n°s 153 à 155).

Ces trois groupes sont de fabrique européenne, et l’on ne saurait les classer à Antiochus III, à cause du style des monnaies et du type de l’éléphant qui cesse d’être orné de cornes de taureau après Antiochus I Soter. Ils se rattachent les uns aux autres, non seulement par la fabrique et le poids, mais par dessignescommuns quisont en même temps des indices de provenance européenne. On trouve, sur les pièces des trois groupes, la massue d’Héraclès et les monogrammes inexpliqués n°5 94 et 95 disposés de la même façon, au dessus du mot BAZIAEQZ. La mâchoire de sanglier se rencontre également, à la fois sur les pièces du groupe 1 et du groupe 2, et ce n’est que sur le groupe 3 qu’elle est remplacée par l’arc d’Apollon. Le sanglier de Calydon et sa mâchoire sont des types essentiels et bien caractéristiques des monnaies de l’Etolie où les pièces d’Antiochus paraissent ainsi avoir été frappées. Une circonstance historique semble cependant, au premier abord, s'opposer à ce qu'on cherche jusque dans cette contrée l'atelier d’où sont sorties ces médailles : c’est que les Etoliens, d’après le récit des auteurs, furent, non pas les alliés d’Antiochus, mais, au contraire, ceux d’Antigone. Toutefois, comme nous l’avons dit, nous sommes trop mal renseignés sur les agissements d’Antiochus en Europe et sur les évènements qui marquèrent sa lutte avec Antigone Gonatas pour que nous puissions affirmer que les Etoliens n’ont jamais changé de’politique. Différentes circonstances indiquent, au contraire, que la ligue étolienne a dû être lalliée d’Antiochus, au moins un moment. En effet, comme Antiochus, les Etoliens sont les alliés de Pyrrhus ; comme lui encore, ils luttent contre les Gaulois et défendent la ville de Delphes elle-même; plus tard enfin, ces mêmes Etoliens se montreront les ardents partisans d’Antiochus II. Quoi qu’il en soit, ce que nous pouvons afhirmer, c’est que les monnaies sont sûrement frappées en Europe sous Antiochus [ Soter et que la mâchoire du sanglier de Calydon est un symbole étolien.

1. Voyez Percy Gardner, dans le Numismatic chronicle, N. S.t. XVIIL, p. 92-93. BAaBELON. — Rois de Syrie. IV

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