‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 83 sur 419 · LXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXX INTRODUCTION

236 environ. Séleucus reprend Antioche et assiège Stratonice dans Séleucie. Dans le même temps, Antiochus Hiérax accable la Phrygie d’impôts pour payer ses mercenaires Gaulois. Séleucus, ayant pacifié la Syrie, veut punir son frère de la part qu’il a prise aux derniers événements, et il envahit l’Asie Mineure, au moment où Antiochus, aux prises avec les Gaulois révoltés, se réfugiait à Magnésie. Mais Antiochus reçoit à temps des secours de l’Egypte; il apaise les mutins et il remporte, sur son frère, une victoire que Justin confond avec celle d'Ancyre. Après ce nouveau succès, Antiochus épouse la fille du roi de Bithynie Ziælas'. Alors Attale roi de Pergame intervient; il attaque et bat Antiochus et les Gaulois (Justin, XXVII, 3; Polybe, XVIIL, 24, ‘7; Strabon, XIII, p.621; Tite Live, XXXVIIESeSS Polven, IV, #0 Prontin Er 15):

O. Chasse d'Asie Mineure par Attale, Antiochus Hiérax se réfugie en Cappa-

doce, puis en Arménie auprès d’Arsame?. Par un stratagème raconté par Polyen, Antiochus réussit pourtant, dans une nouvelle bataille, à tuer à son frère Séleucus 4.000 soldats. Il est néanmoins battu et obligé de demander un refuge et des secours à Ariamnès, roi de Cappadoce 5. Celui-ci, après lavoir bien accueilli, lui tend un piège auquel Antiochus échappe heureusement. Il se réfugie en Asie Mineure et Séleucus le poursuit jusqu’en Lydie.

229. Une grande bataille se livre près de Sardes, et Antiochus est battu par Séleucus et Attale alliés.

228. Antiochus est contraint de se réfugier en Thrace, où il meurt abandonné par Ptolémée lui-même. Peu après, Séleucus meurt également.

La suite de ces évènements n’a pu être établie par Muller qu’en faisant des corrections graves aux divers récits des auteurs anciens dont les principaux sont Justin, Polyen, Porphyre, Phylarque, Polybe, Strabon. Mais en adoptant tout autre système, celui de Clinton+ par exemple, on est également contraint de faire

1. Droysen dit « la fille d’Ariameène, roi de Cappadoce (t. III, p. 384), et plus loin (p. 445), ildit au contraire : la fille de Ziælas (C£. p. 450). Voir Th. Reinach, Trois royaumes de l’Asie Mineure, p. 102 et 150-151 (tableau généalogique).

2. Polyen, IV, 17. Il y a dans le texte ’Apodôns ; il s’agit d’Arsamès, roi d'Arménie, dont nous donnons plus loin des monnaies. Cf. Droysen, Hellén., t. III, p. 81 et 445 à 447.

3. Il s’agit d’Ariaramne, fils d’Ariarathe II. (Th. Reinach, Trois royaumes, p. 14). On a cru longtemps avec Visconti, que la fille d’Ariaramne épousa Antiochus Hiérax. Cette assertion, remarque M. Reinach, repose sur un passage de Justin (kxxvIr, 3) qui dit que Hiérax, vaincu en 230, se réfugie auprès de son beaupère Ariaménès (— Ariaramne). Maïs Justin emploie ici le mot socer dans un sens très large (beau-père de la sœur), car Stratonice, sœur de Hiérax, avait épousé Ariarathe IIT, fils d’Ariaramne, de sorte qu’Ariaramne était le beau-père de la sœur de Hiérax lui-même. En réalité, Hiérax avait épousé la fille de Ziaelas, roi de Bithynie (Eusèbe, I, 40, 10, éd. Migne, — I, 251, 39, éd. Schœne). Droysen s’est trompé comme Visconti à ce sujet (Hist. de l’hellénisme, IT, 384, note 2).

. 4. Clinton, Fasti hellenici, t. II, p. 312.

ANTIOCHUS HIËRAX LXXI

des modifications radicales au texte des historiens, soit en intervertissant des évènements ou en substituant un nom propre à un autre. Du moment qu’on s’engage dans une pareille voie, tous les systèmes peuvent se justifier : nous avons suivi celui qui nous a paru le plus vraisemblable. Il fait régner Antiochus Hiérax exclusivement en Asie Mineure, et pendant la plus grande partie du règne de Séleucus IT Callinicus, c’est-à-dire depuis l’an 246 environ jusqu’à l’an 228. D’après Clinton, au contraire, les événements se concentrent dans l’espace de peu d’années, c’est-àdire vers la fin durègne de Séleucus, puisqu'il est avéré que les deux frères sont morts à peu près en même temps 7.

Le dernier auteur qui ait abordé cette difficile question, M. Julius Beloch? a, sur certains points de détail, des vues qu’il faut signaler. Ainsi, il dédouble le personnage d’Antiochus Hiérax, et il croit que Séleucus eut à lutter en Asie Mineure contre deux Antiochus différents. Quand Ptolémée confie la Cilicie 4 son ami Antiochus, suivant l'expression de Justin, M. Beloch pense qu’il ne s’agit ici nullement d’Antiochus Hiérax qui, en 244, n'aurait eu que 7 à 8 ans. Ptolémée n’eût reçu de cet enfant aucun appui efficace : il s’agit donc, suivant M. Beloch, d’un autre Antiochus inconnu, partisan de la domination égyptienne en Asie Mineure. C’est là, selon nous, une hypothèse sans fondement. L’histoire des anciennes monarchies orientales, et celle des Séleucides tout particulièrement, renferment des circonstances nombreuses où des enfants, même en bas âge, jouent un rôle politique important, non par eux-mêmes, mais par les. personnages qui ont intérêt à les soutenir ou à s’en servir et, dans le cas spécial dont il s’agit, nous savons précisément qu’Antiochus n’était qu’un instrument entre les mains de sa mère Laodice. D'autre part, la suite des évènements prouve qu'Antiochus Hiérax, le frère de Séleucus, fut jusqu’à la fin de sa carrière, énergiquement soutenu par le roi d'Egypte qui, en toutes circonstances, se montre son ami. Pourquoi dès lors supposer un autre Antiochus au début de ce drame ? ,

M. Beloch nous paraît plus heureux lorsque, dans le traité qu’il place en 237 entre Séleucus et Ptolémée, il révoque en doute l’expression de Justin qui dit que la paix fut conclue pour dix ans (in annos decem cum Seleuco pacem facif). Une trève de ce genre, ainsi réglée à l’avance, n’est pas dans les usages de l’époque où nous transporte ce récit. Il est probable que Justin aura confondu la durée de la trêve avec celle de la guerre qui venait d’avoir lieu : en effet, commencée en 246, la guerre dura jusqu’en 237, c’est-à-dire environ dix ans. Les autres rectifications proposées par M. Beloch importent peu au point de vue numismatique. Ce qu’il nous était essentiel de constater, c’est que, dans son système qui ne fait entrer en scène Antio-

1. D’après Malala, Antiochus Hiérax n’aurait régné que deux ans, mais le chronographe byzantin ne peut être une autorité : il fait de Hiérax le fils et successeur d’Antiochus IV Epiphane. Malala, p. 207.

2. J. Beloch, Seleukos Callinikos und Antiochos Hierax, dans l'Historische Zeitschrift, de H. von Sybel, 1888, p. 499 à S12,

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