I. — Classement des types
Antiochus III était le second fils de Séleucus IT Callinicus; il prit le trône à la mort de son frère Séleucus IIT Céraunus, ou plutôt à la mort de son jeune neveu Antiochus. Il avait alors vingt ans* : ses premiers portraits monétaires expriment la physionomie d’un jeune homme de cet âge. Tandis que son cousin Achaeus faisait rentrer sous le joug syrien les provinces d’Asie Mineure conquises par Attale, les satrapies de l’Est, la Médie et la Perse, se soulevaient à l’instigation des frères Molon et Alexandre : Antiochus ne parvint à dompter les rebelles que deux ans après, en 220 av. J.-C. Il dut ensuite abandonner à Ptolémée IV Philopator, roi d'Egypte, la Cœlésyrie, la Phénicie et la Palestine, puis entreprendre une campagne contre Achaeus qui s'était proclamé indépendant en Asie Mineure; il l’assiégea dans Sardes et le fit mettre à mort en 214.
De longues guerres furent entreprises par Antiochus à l’Est de ses Etats, contre le roi des Parthes Arsace III et contre Eutydème, roi de la Bactriane. Ayant fait la paix avec ce dernier, il poussa jusque dans l’Inde et renouvela l’antique alliance des rois de Syrie avec les souverains de cette contrée : Sophagesenus lui fournit une armée d’éléphants. Antiochus ne rentra à Antioche qu'après une absence de sept ans, de 212 à 205, couvert de gloire et se parant du titre de Méyxs*. Durant cette
I. Clinton a fixé cet âge d’après un passage de Polybe qui dit qu’Antiochus III avait cinquante ans
lors de son mariage à Chalcis en l’an 192. Cf. Bunbury, dans Numism. chron., 3° série, t. III (1883), p. 91. 2. Droysen (Hist, de l’hellénisme t. TL, p. 358) dit que, d’après les monnaies, il paraît avoir aussi
LXXVIIT INTRODUCTION
longue campagne, Antiochus fit frapper de nombreuses monnaies qui s’éloignent, par leur style sec et barbare, des pièces émises dans les autres portions de l’empire syrien ; elles rappellent les monnaies frappées dans ces pays éloignés par Séleucus Je Nicator, Antiochus Ier Soter et Antiochus II. Le souvenir des éléphants qu'Antiochus tira de l’Inde est aussi consacré par les types monétaires; à la bataille de Raphia, en 217, bien qu’Antiochus ft vaincu par Ptolémée, les éléphants indiens prouvérent leur supériorité sur les éléphants africains avec lesquels ils se trouvèrent en lutte. C’est peut-être particulièrement à ce succès des éléphants d’Antiochus que font allusion les bronzes qui ont pour type de revers un éléphant monté par un cornac (Catal. n°s 417 à 423). À la différence des éléphants de Séleucus Nicator et d’Antiochus I Soter, ceux d’Antiochus le Grand ne sont pas ornés de cornes de taureau, mais parfois on trouve ici encore, à côté d’eux, la tête de cheval cornu (Catal. nos 423, 438 et 439), ce qui achève bien de démontrer que c’est là un symbole bactro-indien. Les monnaies d’Antiochus le Grand, frappées dans les régions de la Haute-Asie et qu’on rencontre en abondance dans les trouvailles monétaires de lPOxus et de l’Indus, se distinguent non seulement par leur fabrique, mais encore par les monogrammes n° 22, 59 et 156, que nous avons déjà étudiés, et qui, d’après M. Howorth, désigneraient l'atelier de Nyssa (Nishapour) dans le Khorassan', M. Bunbury observe d’ailleurs, avec justesse, qu’il est probable que ces monnaies ont dû continuer à être frappées après le départ ou la mort d’Antiochus le Grand dans ces provinces éloignées qui, pour un temps très court, se trou- : véèrent restituées à l’empire syrien.
L'année même où Antiochus rentra à Antioche, en 205, Ptolémée Philopator était mort, laissant un fils âgé de cinq ans. Le roi de Syrie entreprit de reconquérir la Coœlésyrie, la Palestine et la Phénicie ; aidé par les Juifs, il remporta, en 198, une grande victoire à Panéas sur le général égyptien Scopas. Néanmoins il offrit la paix au jeune Ptolémée V Epiphane à qui il fiança sa fille Cléopâtre qui reçut en dot la Cœlésyrie et la Palestine. Les ateliers de ces provinces peuvent donc fort difficilement avoir battu monnaie au nom d’Antiochus III.
En revanche, Antiochus III reprit possession de l’Asie Mineure ; il passa même en Europe et s’empara de la Chersonnèse de Thrace en 196. Là, ses progrès furent entravés par les Romains et par les Gaulois, et Antiochus ne sut pas mettre à profit les conseils d’Annibal. Cependant, en 192, appelé par les Etoliens, comme l’avait déjà été son ancêtre, Antiochus I Soter, Antiochus le Grand passa en Grèce : l’année suivante, il fut battu par les Romains aux Thermopyles et obligé de rentrer en
porté le surnom de Nicator. C’est là une erreur provenant de ce que Droysen a cru que les monnaies d’Eutydème, qui portent la légende ANTIOXOY NIKATOPOZ, se rapportent à Antiochus III que le roi de Bactriane aurait considéré comme son suzerain. Nous avons vu plus haut que les monnaies bactriennes en question sont des médailles de restitution qui rappellent le souvenir d’Antiochus I** Soter confondu avec son père. Voyez ci-dessus, Introd. p. xLr.