Nobilitatus dadibus inutuia Dacos (Tacite, Bist, i
oDt-elIes été considérables sur la transformalion ethnique du peuple Dace? Il est permis d'en douter; mais ce qui est incontestable, c'est que cette victoire a modifié du tout au tout le moral de ce peuple, et lui a donné le
caractère essentiel sur lequel devait reposer l'idée de sa nationalité future. La population que commandait Décébale, en l'an 87, était un mélange de tribus les plus diverses : on y comptait en grand nombre des Gattes et des
Sarmates. Les Daces, dont il était le chef, n'avaient probablement eux-mêmes rien de ce qui constitue une nation homogène. Après la mort de ce courageux général, la Dacie, au contraire, soumise à Tautorité de Rome et en partie dépeuplée, se remplit de colons romains qui vinrent occuper les campagnes qu'ils mirent en culture et au milieu desquelles ils fondèrent des villes et des villages * . Zarmizégéthuza^ relevée de ses ruines, devint r Ulpia Trajana ; lasi fut édifiée sous le nom de Municipium lassiorum; puis Roman, en Moldavie; Capiit Bovis^ à l'entrée du Danube ; Aquœ ou les Bains d'Hercule, près de Méhadia; Caracalu^ en Valacbie, etc., etc. Une grande route, ouverte depuis les Portes de Fer aux confins de la Serbie jusqu'à Caossani, sur le Dniester, en Bessarabie, assura des communications faciles avec tout le pays conquis. La patrie des Romains d'Orient était définitivement créée.
Après la mort de Trajan, l'influence de Rome sur la Dacie alla de jour en jour
1 . On a souleTé la question de savoir si le nombre des colons Romains envoyés dans le pays des Daces, à la saîte de la conquête de Trajan, avait été assez considérable pour modifier profondément le caractère ethnique de ses
nabitants. Eutrope dit à ce sujet : Trajanns ex toto
orbe romano inpnilas copias hominum transtulerat ad agros et urbes colendas Un AdrianOy Hb. viii).
s' amoindrissant. Les Sarmates essayèrent de Tenvahir sous le règne d'Adrien, mais ils furent obligés de rétrograder. Sous Antonin, des hordes étrangères s'établirent dans le pays, et les Goths, en 2S7 de notre ère, devinrent les maître du territoire situé sur la rive gauche du Danube (Valachie actuelle).
Une partie des colons romains passèrent alors de l'autre côté du fleuve et se fixèrent en Mœsie. Un siècle plus tard, ce furent les Huns, d'origine asiatique, qui réussirent à leur tour à s'emparer du pays abandonné par les Romains. Ils en conservèrent la possession jusqu'à la mort d'Atlila. Le fils de ce conquérant fut obligé de céder à la puissance des Gépides, qui maintinrent leur autorité pendant plus d'un siècle et finirent par succomber sous les coups des Lombards et des Avares. Ces derniers pénétrèrent dans la Dacie peu après la mort du roi Cunimonde, dont le crâne servit^ comme on sait, de vase à boire au barbare Alboin, qui devait bientôt conquérir l'Italie. Les Avares abandonnèrent enfin la Dacie, dont l'ancienne population s'était réfugiée dans les montagnes; et celleci, redescendue dans la plaine, recouvrit pour quelque temps l'indépendance et la liberté.
C'est à cette époque qu'il convient de faire
remonter les véritables débuts, non point de la nationalité Roumaine, comme le dit Ubicini*, mais de Tétat Moldo-Valaque en Europe *.
L'histoire de la nation Roumaine a droit à une place exceptionnelle dans le vaste martyrologe des peuples. Peu de nations, en effets ont eu tant à soufiûrir de la domination étrangère ; peu de nations aussi ont su, malgré les plus terribles inclémences du sort, garder le sentiment pur de leur bon droit et le culte de leurs pénates. Écrasée sous le joug d'envahisseurs barbares et cruels, elle a trouvé sa consolation dans le souvenir poétique de son passé, et supporté, par respect pour ce passé, toutes les adversités de la fortune. En présence de ses farouches vainqueurs, elle n^a jamais abandonné la langue sonore de ses
1. Ubicini, Provinces Danubiennes, p. 22. — Les premiers vestiges de Tidiome valaque en Thrace apparaissent à la fin du yi« siècle, et on les rencontre de noaveaa au xi« siècle.
2. Valaque est souvent considéré comme synonyme de Roumain^ mais alors, pour être exact, il faudrait dire, pour le moins, Moldo-Transylcano" Valaque. Je pense qu'il convient d'employer surtout le mot Roumain, lorsqu'il s*agit de la jeune nationalité qui s'est affirmée sous ce nom. à notre époque, aas yeux du mon<ie civilisé.
pères ; et, lorsqu'elle s'est senti faiblir, elle a retrempé son courage aux mélodieux accents de ses vieux chants populaires. Souvent misérable, elle a conservé dans le malheur celte noble fierté que lui imposait l'héritage du grand nom de la Rome antique.
Convaincue que de hautes destinées lui étaient réservées, elle n'a jamais cessé, même lorsque la tyrannie pesait sur elle de tout le poids de ses plus lourdes chaînes, de contempler l'avenir avec confiance.
Quand les Avares* eurent abandonné le sol de laDacie, les Roumains purent espérer que l'heure de l'indépendance avait enfin sonné pour eux. Un premier État valaque avait été constitué dans le banat de Craïova, avecTurnu-Severin pour capitale. L'invasion des hordes tatares, venues des rives méridionales du Volga, ouvrit le pays à l'avalanche Bulgare qui, après s'être répandue sur le territoire en deçà du Danube, franchit ce fleuve et pénétra de part en part le sol de l'ancienne Mœsie.
Puis ce furent les Magyars, autre popula-
1. Les Avares appartenaient à la même famille ethnique que les Huns et les Hongrois et habitaient originairement la région située au nord du Caucase. Us arrivèrent en Europe vers Tan 558 et soumirent les Bulgares. En 626, ils vinrent assiéger Constautinople.
lion d'origine tatare, qui vinrent à leur tour mettre sous le jougles malheureux Roumains^ en s'établissant dans la Transylvanie et sur plusieurs autres autres portions du paysDace. La Yalachie et la Moldavie, qui avaient échappé à la servitude, ne purent éviter les incursions des hordes Slaves. En même temps que les Roumains avaient à supporter la domination étrangère, ils se trouvaient sous le coup de la plus effroyable persécution religieuse. Les Hongrois, convertis au catholicisme, voulurent imposer leur croyance aux Yalaques et aux Cumans, qui pratiquaient le culte de TÉglise d'Orient et reconnaissaient la suprématie du patriarche de Constantinopie. Il n'y eut poiiit de conversions ; mais le saint roi Ladislas vengea sa foi, en faisant égorger tous les récalcitrants qui tombaient sous la main de ses soldats.
Dans les siècles qui suivirent, les Yalaques, alliés aux Bulgares, portèrent au loin vers le sud leurs incursions aventureuses sous la conduite de leur chef Asan ; ils taillèrent en pièces l'armée byzantine, et obligèrent l'empereur à se sauver en toute hâte à Constan* tinople. Sur leur passage, ils incendièrent Philippopolis, et pénétrèrent jusque dans les murs d'Andrinople. '
L'ardeur belliqueuse des Roumains les entraîna, en 1096, à prendre part à la première croisade ; mais lors de la seconde, ils se révoltèrent contre les déprédations continuelles des bandes indisciplinées qui suivaient Titinéraire de Godefroy de Bouillon et de Pierre THermite, et mirent à mort, dit la légende, plus de cent mille croisés (1147).
Au temps de la quatrième croisade, Joan Asan II y roi des Valaques et des Bulgares, fit à son tour sentir le poids de ses armes dans la région des Balkans, et il allait arriver à Constantinople, lorsque la mort le surprit en 1207, aux environs de Thessalonique.
Plus tard, Joan Asan III s'empara d'Andrinople, se rendit maître de la Thessalie et poussa ses incursions jusqu'en* lUyrie. Avec la dynastie des Asan s'éleignit, en 1258, la puissance des Valaco-Bul gares, et la Moldavie devint la proie des Tatares, commandés par le successeur du terrible Gengis-Khan. Ceuxci vainquirent peu après les Hongrois, et demeurèrent dans leur pays trois années consécutives, à la suite desquelles, ne trouvant plus rien à prendre, ils résolurent de se retirer.
Vers la même époque, apparaît une des •grandes figures de Thistoire militaire de la
Roumanie, celle de Badu Negru^ qui, pour échapper à la fureur des Tatares, était venu s'établir, suivi d'un peuplé nombreux, dans la vallée de Campulung^ en deçà des Carpathes\ Ce prince, après avoir obligé les Hongrois à reconnaître son indépendance et relevé de leurs ruines Bucarest, Pitescî et Turguvici, donna à ses peuples une sorte de constitution qui conserva force et vigueur, chez les Valaques, jusqu'aux dernières années du xv^ siècle. Cette constitution déclarait tous les Roumains égaux devant la loi ; la nomination par le peuple d'un duc, souverain, mais non héréditaire ; une noblesse personnelle et viagère ; un ^conseil suprême de douze vieillards ; la convocation du peuple en assemblée générale pour décider des grandes questions d'intérêt national ; le droit attribué aux communes de consentir des impôts et de les voter. Radu Negru mourut, dit-on, après un règne de vingt-quatre ans.
Les Roumains conservent^ comme un précieux souvenir, la mémoire de ses hauts faits et de sa sagesse.
1. CâmpU'Lung (Longcbamp) fut, à cette époque, la capitale provisoire de la Roumanie ; Téglise de cette ville a été édifiée par Radu Negra (J. Héliade, Hisioria Româ^ nilor, p. 79).
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Au XIV* siècle, c'est loan P' qui taille en pièces Charles-Robert, fils de Charles-Martel, roi de Naples, auquel les Hongrois avaient offert la couronne de leur pays. Le vaincu ne put échapper à la mort qu'en s'enfuyant sous le costume d'un de ses serviteurs, et en abandonnant au prince des Yalaques son trésor, les bagages de ses troupes et les sceaux de son royaume^
Les origines du duché de Moldavie sont environnées d'obscurités que les recherches des savants ne sont pas encore parvenues à dissiper. On cite un certain Bogdan comme le premier prince sur lequel on possède quelques données vraiment historiques. Ce prince a dû régner antérieurement à l'an 1360.
La chronique moldave, publiée par M. Hisdau, d'après un texte polonais écrit en 1S66, mentionne tout d'abord Dragos en 13S2, le fils de ce Dragos, puis Bogdan qui occupe le trône quatre ans seulement.
Les annales de la Moldavie débutent ainsi par quelques noms de princes qui nous ont été conservés comme ayant régné antérieurement au xv^ siècle ; mais nous ne connaissons rien de leurs actions. « On ne trouve relatés nulle part, dit le grand vornic Grégoire tJrechi, les faits accomplis sous le règne de
ces personnages, qui eut une durée totale de 46 ans. C'est peut-être qu'ils étaient de mœurs vagabondes, que leur passage fut rapide, et qu'ils n'avaient personne pour écrire leur histoire. Nos voisins eux-mêmes, qui n'ont rien laissé dans l'ombre, n'ont connu aucun écrit relatif à ces princes *. »
La Valachie et la Moldavie formaient deux duchés qui, en dépit des ambitions magyares, étaient parvenus à conserver leur indépendance complète jusqu'au moment où les conquêtes des Turcs obligèrent Mircea I^ à conclure, en 1393, avec le sultan Bajazet, un traité en vertu duquel la Valachie se reconnaissait vassale de la Porte et s'engageait à lui payer un tribut annuel équivalent à environ 1 ,800 francs de notre monnaie ».
Mircea essaya, tantôt avec des succès, tantôt avec des revers, de dégager son pays des dures conditions de ce traité. Il finit par