XXII PREFACE
et la littérature allemande de fumier, où il y a quelques jierles. Quand on a tant de goût , on est bien près de n'en plus avoir.
Qu'il me soit permis de faire remarquer, à cette occasion, que mes romances du Cid , écrites en 1806 et publiées en 18 14, ont, même à ne dater que de cette publication, devancé de beaucoup , par les hardiesses de style qu'elles contiennent, les hardiesses connues aujourd'hui souslenoin de style romantique. Fort dépassé depuis à cet égard , et n'étant pas toujours fâché de l'être , j'ai du moins senti , et , je crois , le premier en poésie , que notre belle et admirable littérature pouvait cependant faire résonner quelques cordes de plus , et que l'on pouvait , dans nos vers moins tendus, joindre davantage ce qu'il y a de plus simple à ce qu'il y a de plus élevé. J'ai donc bravé la morgue un peu monotone de notre poésie sérieuse; j'y ai mêlé des choses familières et naïves qui me charmaient dans l'espagnol, et je me suis demandé pourquoi elles ne pourraient pas plaire en français. Enfin, j'ai tâché de présenter et d'améliorer, quand je le pouvais, cette oeuvre, non d'un auteur, mais d'un peuple qui chantait son héros favori ; oeuvre qui offre des beautés de toute espèce , et d'où il résulte, en total, qu'il n'y eut jamais de peuple plus ingénieux, comme jamais peut-être il n'y eut de héros plus admirable.
Ma peine n'a pas été trop perdue , ma témérité trop malheureuse. Ce poème , que je n'ai jamais vu blâmer ni approuver médiocrement , a obtenu de nombreux suffrages , et particulièrement celui des femmes. Loin de moi de vouloir adresser aux femmes de ces complimens qu'elles aiment peu , et que je déteste ; mais il est certain qu'elles ont un tact très juste, un goût très fin, et d'autant plus précieux qu'en dépit de beaucoup de conventions littéraires, elles n'aiment, elles n'adoptentque ce qui est naturel et vrai. Aussi, en voyant que les femmes , qui , peut-être par cette raison, sont très respectueuses pour de très beaux vers, voulaient bien lire avec