PREFACE. XXIII
plaisir, et quelquefois même louer avec chaleur, mes romances du Cid, je me suis dit, encouragé d'ailleurs par les suffrages de beaucoup d'hommes d'esprit, que ce poème était donc vrai, naturel, intéressant; et c'est ce qui m'a le plus engagé à étendre et à cultiver ce genre.
Depuis plus de vingt ans que cet ouvrage est publié , le siècle a marché, comme on dit, la Littérature aussi; au point que l'homme trop hardi alors , pourrait bien paraître trop timide aujourd'hui. Mais en revanche les censeurs les plus austères et les plus classiques ont appris , par de bien autres témérifés , à être plus indulgens pour des hardiesses beaucoup moins fortes et moins nombreuses, et pour l'homme qui est le plus près d'être de leur avis, quand il n'en est pas tout-à-fait.
Les Espagnols sont les Génies de la romance. Ils Font agrandie et ennoblie, non pas toujours par l'expression , mais par la pensée. Non-seulement ils ont fait les meilleures romances ; ils sont les seuls qui aient fait de longues suites de romances sur le même sujet ou sur le même personnage. Mais enfin, ni eux, ni personne, n'avaient encore pensé à choisir ces romances et dans ces lomances, à en ajouter quand il le fallait, à les coordonner, pour en faire un ensemble susceptible d'intérêt et d'effet, où toutes se suivent, se fassent valoir par leur enchaînement, et quelquefois parleur contraste. Le Romancero del C/V/ n'est point cela. Herder, qui l'a traduit en allemand, n'en a pas demandé ni cherché davantage , non plus qu'aucun des autres traducteurs que je connais. C'est donc un autre travail que j'ai fait , un but tout nouveau auquel j'ai visé.
Je me suis appliqué, avant tout, à ce que cette histoire du Cid se trouvât, comme beaucoup de personnes l'ont remarqué, aussi facile à lire que de la prose. J'insiste souvent sur ce mérite de mes ouvrages en vers , parcequ'ils n'ont peut-ètie que celui-là; mais ils l'ont, et je demande la permission d'y attacher quelque prix.
J'ai dit tout-à-l'heure CInsloire du Cid; il est bien entendu