‹ Les romances du CidChapitre 100 sur 132 · SOMBREUIL ET CAZOTTE · texte numérisé non relu

SOMBREUIL ET CAZOTTE

3 septembre 1792.

Non , je m'en réfère à l'histoire • Pour peindre aux mortels effrayés L'exécrable travail d'agens salariés '';

' Sur-tout à la Force.

Forfaits dont on voudrait effacer la mémoire ; Hommes , femmes, vieillards, dans cet indigne essor , En proie aux scélérats ( qui les jugent encor ! Et même quelquefois absolvent par caprice). Mais quand d'un ton perfide on disait: Elargi,

C'était le signal du supplice.

Déjà sur le mourant la hache avait agi.

Ce tribunal épouvantable

Ne vaque pas le jour, le soir; La nuit, aux pâles feux, vos regards croiraient voir De vrais démous jugeant dans l'enfer véritable. C'est là que tu péris d'un supplice infernal, Malheureuse princesse , unie au sang royal, Lamballe , que le crime avec rage contemple. On se rappelle Atrée et son affreux festin ;

Et ta tête va sous le Temple , A la reine qui t'aime annoncer son destin.

Que d'autres victimes succombent

En ce concours ensanglanté 1 Entendez-vous ces cris : Vive la Liberté! Mêlés aux cris plaintifs des massacrés qui tombent? Et Paris cependant avait des magistrats ! Et Paris tout entier ne se soulève pas , Pendant deux jours souillés d'attentats indicibles ! Hélas ! de la terreur le tocsin a sonné ;

Et les magistrats invisibles Ne réprimeront pas ce qu'ils ont ordonné.

De ce repaire des repaires

Reposons un moment le cœur.

Dans le meurtre et le sang , par un effort vainqueur, Deux filles tour-à-tour ont protégé leurs pères. Et Sombreuil, et Gazotte, objets touchans et doux, En défendent la cause, et, tombant à genoux, Préservent deux vieillards de la hache fatale. De tant d'infortunés les discours étaient vains;

Mais l'éloquence filiale Touche encor les mortels , et jusqu'aux assassins.

Oui , jusqu'à ces monstres arrive

Un effort heureux cette fois ; Et, s'arrêtant émus devant ces douces lois, Ils s'étonnent qu'en eux quelque pitié survive. Cette horde, à ce vœu faisant un double accueil, Mêle presque un triomphe à ces scènes de deuil Où le Dieu qui les voit de l'homme désespère. A leur pieux transport on accède ; il le faut ;

Et chacune emmène son père Que promptement, hélas ! reprendra l'échafaud.

Cependant, filles généreuses,

Autrefois dignes d'un autel , Acceptez le tribut de l'hommage immortel Qu'assurent à vos noms vos vertus glorieuses. Quand tant d'hommes tremblaient, pleins d'une juste horreur, De votre sexe faible , ô l'immortel honneur. Vous avez au péril égalé le courage.

De vos pères sacrés écartant les bourreaux ,

Dans ce jour de meurtre et de rage, Jeunes filles , salut ; vous fûtes les héros !

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