‹ Les romances du CidChapitre 101 sur 132 · CHARLOTTE CORDAY · texte numérisé non relu

CHARLOTTE CORDAY

i3 juillet 1793.

« Que disent-ils , que c'est un crime

D'avoir atteint ce scélérat?

D'avoir, d'un poignard légitime,

Purgé la terre d'un Marat ?

Qu'ils m'accusent, ces hommes-femmes

Que les forfaits les plus infâmes

N'ont pas suffi pour émouvoir;

Moi , de quelque nom qu'on me nomme,

Avec le courage d'un homme

J'en ai su remplir le devoir.

Celui dont les mains toujours prêtes

Se complaisaient à déchirer.

Le monstre aux trois cent mille têtes

Qu'il demandait à dévorer,

Ce tigre à la face d hyène ,

Etre qui de l'espèce humaine

Dut dès long-temps être rayé ,

Je l'ai chassé de la nature ;

Le ciel s'apaise , l'air s'épure,

Et mon trépas est bien payé.

A jamais mon ombre sanglante

Apparaîtra dans sa fierté

A la tyrannie insolente

Qui s'appellera Liberté.

Non , non : ma mort n'est pas perdue ,

Et la tyrannie éperdue

Se rappellera mon renom;

Et, lisant ma sainte furie,

Tel oppresseur de sa patrie

L'affranchira devant mon nom.

J'étais jeune; on médisait belle; On me parlait d'heureux amours ; A la vengeance universelle , J'ai sacrifié mes beaux jours.

Je n'ai point regret à la vie.

L'existence qui m'est ravie Renaît dans la postérité.

De la vertu je meurs victime ; Et de mon échafaud sublime Je monte à l'immortalité. »

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