‹ Les romances du CidChapitre 99 sur 132 · LE 2 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LE 2 SEPTEMBRE

C'est trop peu que de sang la révolte écumante Ait violé des rois la demeure fumante , Et fait du dix Auguste un jour néfaste, affreux; Des immolés d'alors plus d'un eut sa vengeance.

Les captifs sans défense Sont pour les scélérats des sujets plus heureux.

Des hordes de démons, en hommes déguisées, Pénètrent à l'envi dans les prisons brisées, Y signalent leurs pas, bourreaux accusateurs; Et, jaloux de salaire et presque de louange.

Dans le sang et la fange Us suivent , non les lois , mais les législateurs.

Des serviteurs du roi, prisonniers politiques, Ravis avant la lutte à leurs seuils domestiques , Étaient dans Orléans à des juges livrés ; Mais, forcés de quitter ces antiques murailles,

Dans les murs de Versailles , Condamnés au massacre , ils meurent déchirés.

A Paris le tocsin, ce signal mortuaire , Présage du cercueil , précurseur du suaire , Proclame le carnage en toute sa splendeur. De la nuit et de l'ombre abjurant le refuge ,

Désormais prince et juge, L'assassinat lui-même a perdu sa pudeur.

Il n'est rien de sacré , le rang, le sexe , l'âge , Même l'apostolat , dont le pieux courage Consola si souvent les mortels attendris. Où l'on a réuni ces têtes pastorales ' ,

Des monstres cannibales Accourent les premiers, assassins favoris.

Au tumulte qui croît, aux clameurs forcenées Ces prêtres, presque tous courbés parles années. Se sentent arrivés au jour de leur trépas; Et chacun, confessé de celui qu'il confesse ,

Dans ce jour de détresse , Se cherche des péchés et ne les trouve pas.

Et de l'église d'Arle alors le chef auguste , Dulau, vieillard sacré, pontife doux et juste,

' L'église des Carmes.

Levant son noble front, dit : « Nous allons mourir. Du mai-tyre vers nous je vois venir la palme ; »

Et d'un ton ferme et calme:

« Bénissez-moi , dit-il, et je vais vous bénir. »

Les imprécations redoublaient, exécrables. Alors vous eussiez vu ces prêtres vénérables Invoquer à genoux leur chef comme eux proscrit. Dulau préside encore à leur moment suprême,

Et , dans la mort lui-même , Leur dit: «Je vous absous au nom de Jésus-Christ. »

Il achevait ces mots; les meurtriers arrivent. Que par d'autres que moi ces horreurs se décrivent. Que de prêtres déjà sont devenus des saints! Aussi bien qu'à l'autel les guidant vers la tombe.

L'archevêque succombe , Et de sa main qui meurt bénit ses assassins.

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