‹ Les romances du CidChapitre 115 sur 132 · L'ABBÉ DE FÉNÉLON · texte numérisé non relu

L'ABBÉ DE FÉNÉLON

19 messidor (7 juillet 1794)'

« Que nous demandez-vous , enfans de la Savoie? D'une vive douleur pourquoi ce pronostic?

Dans vos regards émus quel trouble se déploie Et dérange nos soins pour le salut public ?

— Nous venons réclamer notre ami, notre père, L'abbé de Fénélon au tribunal livré.

Nous consacrant ses jours , tout à notre misère , Il soignait des enfans; il n'a point conspiré. »

Vain effort ! les pervers repoussent cette attaque. La pitié n'a pas même un instant combattu; Et vainement , hélas ! l'auteur de Télémaque A l'un de ses neveux a légué sa vertu.

Ce nom, ce noble nom , dans un nonagénaire' Est loin d'être une excuse, et peut-être est un tort. Celui qui si long-temps fut un Dieu tutélaire Est appelé demain au tribunal de mort.

Son âge seul devait le sauver ; on l'arrache A ses douces vertus , à ses enfans en deuil. Lui que pour le trépas va déchirer la hache , N'avait qu'à se pencher pour tomber au cercueil.

Ni riche, ni prélat, simple abbé, simple prêtre , C'est trop encor pour ceux que charment les forfaits. Ce Fénélon obscur, forcé de comparaître. Aura, sur i'échafaud, le prix de ses bienfaits.

Il y marche déjà, réservant ses alarmes Pour ceux qu'il dirigeait sur la route du ciel j.

' II avait 89 ans.

Et ces pauvres enfans qui le suivaieut en larmes, Disaient : « Dans mon pays on n'est pas si cruel. »

Mais quand sur l'échafaud ce saint vient à paraître, Parmi ses compagnons ' naît un pieux essor ; Et ceux qui vont mourir ont invoqué le prêtre Qui va mourir aussi, mais peut bénir encor.

On dit, en ces momens d épreuves si cruelles , Que Fénélon premier, lui prêtant son appui , Sur son neveu mourant vint étendre ses ailes , Tout prêt à recevoir lame digne de lui.

Chacun tombe à genoux : l'homme de la prière A dit ces mots du ciel qi"' font pardonner tout. Il emploie à bénir sa parole dernière.

Le bourreau prie aussi : le condamné l'absout.

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