‹ Les romances du CidChapitre 116 sur 132 · GANGE · texte numérisé non relu

GANGE

Qu'avec art on arrange Et l'emphase et l'ennui; L'histoire du bon Gange Est simple comme lui.

' II y avait, ce jour-là, 6g condamnés, entre autres madame de Boisgpîiti, et le premier président deNicolaï.

Un commissionnaire , Dans ces jours de douleur.

Vient consoler la terre Et reposer le cœur.

Un époux , pauvre père , Tiré de sa maison, Ajoutait la misère Aux maux de sa prison.

« Ah! vers ma femme Adèle Allez , dit son effroi ; Gange , parlez-moi d'elle , Et parlez-lui de moi. »

Gange , à cette prière Se rendant empressé, Trouve plus de misère Qu'il n'en avait laissé.

■ Dans un sombre repaire Il trouve languissans , Une plaintive mère Et de pauvres enfans.

Cent francs d'économie Font à Gange un trésor.

Mais son ame attendrie Voit l'emploi de cet or.

« Madame , un peu de joie , Dit-il ; pour vos enfans, Votre époux vous envoie Par moi cinquante francs. »

Il console la mère, Et, bien plus satisfait, Au captif qui l'espère Il vient dire en secret :

« Prenez un peu de joie.

Grâce à de vieux parents, Madame, vous envoie Par moi cinquante francs. »

Mais au captif on ouvre.

Un jour, tous les verroux.

Le bienfait se découvre Entre les deux époux ; Et, si digne d'estime, Gange, tout abattu, Gomme on rougit du crime , Rougit de la vertu.

« Oh quelle noble ruse !

Quand il n'a presque rien , Gange, qui nous abuse, Nous donne tout sou bien !

— Vous sauver, vous défendre Du désespoir tout prêt, Quel placement peut rendre Un si grand intérêt ! "

Quand tant de grands périssent, Gange, ton souvenir.

Par ceux qui te bénissent Vivra dans l'avenir.

Ta vertu te consacre , Parmi tant de pervers.

Telle brille la nacre Dans la fange des mers.

BOIS-BÉREIVGER '.

Été de 1 794-

De la jeune Bois-Bérenger Qui ne plaindrait la fin touchante!

Son courage au jour du danger A bien mérité qu'on le chante.

Son père, sa mère, sa sœur, Etaient prisonniers avec elle.

Son amour, son soin protecteur Consolaient leur peine cruelle.

Sa mère sur-tout l'occupant,

Faible, pâle, stupéfiée

Sa mère est le portrait frappant

De Niobé pétrifiée.

Près du fauteuil , près du chevet,

Semblant la couvrir de son aile ,

Pour soigner sa mère elle avait

Emprunté l'ame maternelle.

La vicomtesse de Bois-Béreiifjer, née Malessis.

Par quel événement fatal

Quel trouble en son sein vient de naître ?

Tous trois sans elle au tribunal

Sont appelés à comparaître.

Leur mort n'est pas le seul malheur

Dont elle gémit , elle tremble.

« Ah! dit-elle, dans sa douleur,

Ah ! nous ne mourrons pas ensemble ! »

, . . On l'appelle aussi ; quel transport !

Elle a peine encore à le croire.

La sommation de la mort

Paraît pour elle une victoire.

Elle a , dans ce moment affreux ,

Béni le sort qui les rassemble ,

Et dit , coupant ses longs cheveux :

" Ah, maman ! nous mourrons ensemble. »

Un vieillard, après quarante ans.

Me dit: « Sur le char qu'on abhorre J'osai la voir quelques instans , Et je crois la revoir encore.

Près du martyre redouté Dont elle allait cueillir la palme , On n'avait vu tant de beauté Conserver jamais tant de calme. >>

Elle que chacun regardait , Elle ne voyait que sa mère ; Ou de ses soins encore aidait Sa jeune sœur et son vieux père.

Elle semblait l'ange de paix Qui, pour l'astre où la vertu brille, De cette terre de forfaits Venait enlever sa famille.

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