LIVRE PREMIER
Plonpjé clans les pensers d\m cœur mélancolique , Don Diègiie, le plus sombre entre les hidalgos, Plaint sa noble maison, riche, illustrée , antique Avant les Abarcas, avant les ïiiigos.
Don Diègue , maudissant la vieillesse pesante , La rage dans le cœur, la rougeur sm' le front, Dérobe à tous les yeux sa douleur impuissante. " Ciel, ôte-moi, dit-il, mon âge ou mon affront! »
En vain par mille exploits il marqua sa jeunesse; L'opprobre d'un soufflet a sa gloire effacé. Le comte de Gormas a bravé sa faiblesse , Et le présent superbe insulte le passé.
Plus de nuit pour ses yeux, plus de mets pour sa bouche. Tout entier au chagrin dont il est dévoré , Redoutant ses amis, sombre, inquiet, farouche, Il semble qu'il exhale un air déshonoré.
Si faible, il ne peut vaincre un ennemi terrible : Moins encore à la honte il peut livrer son nom. A la fin , secouant un fardeau si pénible, il assembla ses fils, l'espoir de sa maison.
Ils n'ont jamais encor signalé leur vaillance : Ces héritiers , d'aïeux de gloire environnés , Pourront-ils de leur père embrasser la défense, Et protéger déjà le sang dont ils sont nési*
Diègue ne leur peignit son affront ni sa peine : Mais il lia leurs mains, leurs mains qui fléchissaient. Ses fils, qu'il attachait par une étroite chaîne , Pleuraient de la subir, mais ils la subissaient.
Il sentait de son cœur s'écouler l'espérance. Lorsque , voulant lier le plus jeune de tous, Il le voit s'échapper, presque avec violence, Et d'un jeune lion exprimer le courroux.
« Mon père, dit Rodrigue, abjurez cette envie. Tout autre par ce glaive eût vu percer son cœur. Mon père , c'est de vous que j'ai reçu la vie ; Je dois, même de vous , défendre mon honneur.
— Bien ! j'aime ton courroux ; très bien ! fils de mon ame, Tu vas mieux employer ce courage viril. O mon sang, venge-moi, venge-toi d'un infâme Dont la main effrénée... — Où le coupable est-il?