LIVRE I
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Rodrigue aperçut Gormas Sous la tour, et, sans attendre , Il vint lui parler tout bas , Et se fit très bien entendre,
«Quand ta main s'est tout permis , Savais-tu, dans ta colère, Que don Diègue avait des fils, Et que don Diègue est mon père ?
Comte , sais-tu bien son nom, Et qu'il n'est rien sur la terre D'aussi pur que son blason.
Si ce n'est son caractère ?
Sais-tu bien que , moi vivant , Hormis le Dieu que je prie, Nul ne peut impunément Blesser l'auteur de ma vie?
— Mais, dit d'un air de pitié Gormas que l'orgueil enivre , Enfant, toi-même, à moitié, Sais-tu ce que c'est que vivre?
— Vivre, c'est savoir par-tout Rendre iiommage à la vaillance. Servir le faible, et sur-tout C'est corriger l'insolence.
Et , si d'un adolescent L'instruction est bien sûre.
On doit dans le dernier sang Laver la dernière injure. »
Le guerrier de quatre jours Se tait, et , sous ces murailles , Menace encor, sans discours, Le vainqueur de dix batailles.
Se laissant encor toucher.
Don Gormas, dans sa surprise, Lui dit : « Que viens-tu chercher?
— ^Tatcte,je l'ai promise.
— Non, mais osant m'irriter, Vous êtes, faible adversaire, Venu vous faire fouetter Gomme un page téméraire. »
O saints , ô Dieu tout-puissant !
A cette injure nouvelle , Que devint l'adolescent !
Et que devint la querelle ?