LIVRE I
DonDiègue, tristement à son banquet assis, Muet, les yeux baissés, s'abreuvait de ses larmes. Il pensait au péril de son généreux fils, Et son cœur paternel se remplissait d'alarmes.
Il était si troublé d'un intérêt si cher, Qu'il ne vit point , craignant d'apprendre sa ruine, Rodrigue qui rentra d'un air calme, mais fier. Le glaive sous le bras, le bras sur la poitrine.
Il contemple son père, et son œil est plus doux. Il a serré la main du vieillard qu'il révère, Et , lui montrant les mets qu'il voit dédaignés tous, Lui dit avec orgueil: « Mangez, mon noble père.
Mangez, et relevez votre front rembruni.
— Quentends-je! Ah! mon enfant, ce terrible adversain
Ce guerrier indomptable , est-il déjà puni ?
— Mort, dit l'adolescent; mangez, mon noble père.
— Rodrigue, asseyez-vous. Preux déjà sans égal, Don Diègue va manger, mais c'est à votre table. Celui qui sut abattre un si vaillant rival De sa race honorée est le chef respectable. "
Le père du héros qui les passera tous S'était levé d'abord; il s'avance, il chancelle, Veut embrasser ce fils, qui, tombant à genoux ,^ Imprime son respect sur la main paternelle.
ÏjC royal séjour de Burgos Est rempli de cris et d'alarmes.
I^ le peuple apprend aux héros Le plus imprévu des faits d'armes.
fiC roi Fernand, de ses sujets Traversant la foule troublée, A la porte de son palais Trouva Chimène échevelée.
D'une autre part, venant d'un fils Défendre la cause vaillante , Suivi de quatre cents amis, Le vieux don Diègue se presenle.
Couverts d'or, leur air noble et fier Ajoute à leur faste héroïque.
Rodrigue seul, vêtu de fer, Est encor le plus magnifique.
« Voilà, disait-on, l'écolier
Par qui le fameux comte expire. >'