LIVRE I
Rodrigue, à ce mot familier, Aux mécontens d'abord va dire ; « Si quelque ami , quelque parent , Veut le venger et nous confondre , A cheval, à pied, dans l'instant.
L'écolier est prêt à répondre. »
On se tait. Mais voici le roi.
Tout guerrier a quitté la selle :
Rodrigue brave cette loi.
Don Diègue au devoir le rappelle :
«' Mon fils, descendez de cheval;
A votre roi que l'on révère
Rendez le devoir de vassal.
— Oui, pour vous obéir, mon père. »
Rodrigue dit ; et le voilà Qui se soumet au vasselage.
Mais elle parle , celle-là A qui son cœur rendit hommage.
Des guerriers ce naissant effroi , Ce cavalier plein de rudesse.
Trop altiermême avec son roi, Fut tremblant devant sa maîtresse.
Vï.
Le roi des Castillans voit, écoute, et diffère. Ce prince, en ce débat, n'ose décider rien. Ghimène, ajuste droit, cherche à venger son père; Mais Rodrigue a vengé le sien.
Ne voyant pas le prince embrasser sa défense , Ghimène impatiente en appelle aux combats, Et s'offre, en sa douleur, pour prix de sa vengeance. . . Que son cœur ne désire pas.
Personne n'est pressé de défier R odrigue. Avant de le combattre, il est bon d'y penser. Mais, autour du roi même, une nombreuse ligue S'amasse, et semble menacer.
Don Diègue un jour reçoit un écrit de son maître. Il cherche aie cacher; mais, trompant son espoir, Son fils, qui l'aperçut, demande à le connaître, Et parvient enfin aie voir.
« Rodrigue , ce n'est rien. La haine en vain s'apprête. Le roi mande au palais le chef de ta maison; J'y vais aller, mais seul ; n'expose pas ta tête. » Rodrigue se lève , et répond :