LIVRE I
« Qu'à Dieu ne plaise, ainsi qu'à son illustre mère. Que dans aucun moment, et sur-tout aujourd'hui, Par-tout où marchera mon vénérable père. Je ne marche pas devant lui ! »
Joignant l'effort de leurs armes, Cinq rois, ennemis de Dieu, Dans la Gastille en alarmes Portent le fer et le feu.
Devant eux, ces rois terribles Chassent les troupeaux paisibles Qu'il fallut abandonner, Les combattans qui se rendent.
Et les enfans qui demandent Où l'on va les emmener.
Du Christ ces rivaux profanes.
Enrichis et glorieux.
Dans leurs terres musulmanes Revenaient victorieux.
Occupé d'une autre guerre , Don Fernand, loin de sa terre, N'a pu défendre les siens.
Ces chefs ravissaient leur proie, Et souriaient, dans leur joie, A l'opprobre des chrf'tiens.
Rodrigue apprend ce ravage.
Gomme aux campagnes du ciel Sur les ailes d'an nuage Vole l'archange Ariel, Ainsi Rodrigue intrépide, Sur Babiéça ' rapide , Accourt à pas de géans , Et, suivi d'amis fidèles.
Poursuit les traces cruelles De ces hardis mécréans.
Il aperçoit leur poussière Sur la pente d'un vallon , Et sur leur foule guerrière , Fond, égal à l'aquilon.
Eux que leur nombre protège , Du Gid et de son cortège Se promettent le trépas.
Folie ! erreur puérile !
Gar le Gid compte pour mille Dans l'arène des combats.
Délivrant époux , compagnes, Reprenant bergers, troupeaux, ^ Il consola les campagnes En étonnant les héros.
' Cljcval du Cid, et aussi célèbre en Espagne que le cheval Bayard l'est en France et en Italie. On verra, jusqu'aux derniers jours du Cid, tîyurer auprès de lui un Uabiera. Celait sans doute un dcstcndaul de celui-ci.