LIVRE I
De l'Enrope honneur sublime, De son {glaive magnanime Il punit ces Africains ; Et dans le fond de leurs terres Renvoya , ses tributaires , Ceux qui vinrent souverains.
Exilés dans leurs provinces ,
Et soumis à leur vainqueur,
" vSois le Cid , disaient ces princes : "
Ce mot veut dire Seig^neur.
Ce beau nom, dont on l'appelle,
Dès-lors lui reste fidèle ,
Et, pour jamais respecté,
Au travers de tous les âges
Court, environné d'hommages,
Charmer la postérité.
Le grand roi Ferdinand, dans son palais auguste, Non moins que d'être grand, empressé d'être juste, A tous les opprimés offrait im sûr recours. Quand, en habits de deuil , d'écuyers entourée. Du comte de Gormas la fille révérée Tomba devant ses pieds, et lui tint ce discours:
«Sire, voilà six mois que mon généreux père. Si dévoué pour vous, si puissant dans la guerre.
Près d'ici, dans la paix, a terminé ses jours. Quatre fois à vos pieds j'ai demandé justice ; Quatre fois à mes vœux votre voix protectrice L'a promise , et je viens la demander toujours.
O du maître du ciel image sur la terre, Pourriez-vous, outrageant les mânes de mon père, Accorder à Rodrigue un coupable pardon ? A l'équité sur-tout on doit vous reconnaître ; Vous que Dieu fit monarque, ah ! méritez de l'être. Un roi qui n'est pas juste outrage un si beau nom.
Sire , je sais trop bien quel éclat accompagne liC vainqueur des cinq rois qui désolaient rEspagnc ; Et pourquoi de ses faits n'est-ce pas le premier ! Apres un tel exploit, il vous est cher sans doute : Mais quand le devoir par le, i 1 faut bien qu'on l'écoute, Et qu'on n'écoute rien qui le fasse oublier ! »
Ferdinand lui sourit, et, d'une voix affable. Lui répond : « De Rodrigue ennemie implacable , Si je vous exauçais , peut-être aurais-je tort. Peut-être quelque jour, apaisée et ravie, Vous mettrez plus d'ardeur à protéger sa vie Que vous ne m'en montrez à demander sa mort. »