‹ Les romances du CidChapitre 21 sur 132 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Tout te promet le plus brillant renom.

C'est ton éclat et tes honneurs extrêmes Qui de Ghimène ont troublé la raison.

Son héritage, on le sait, est immense.

Fille d'un roi pour qui la gloire est tout.

Ma dot n'est rien; mais mon rang est beaucoup.

Pour noble dot j'apporte ma naissance,

Si je n'ai rien, du moins j'égale à tout.

Vous êtes beau; combien on a vu l'être! Noble, il en est; vaillant, qui ne l'est pas? Puis la fortune a servi vos combats.

Que de guerriers, meilleurs que vous peut-être, Pour qui l'oubli fut un second trépas !

Cid , à mon cœur n'imposez plus d'entrave. Votre devoir est, vous le savez bien, De respecter une infante; et le mien Est d'estimer et d'honorer le brave Qui de mon père est le meilleur soutien. »

Voilà comment parlait la belle infante Au fameux Cid, qui ne l'entendait pas; Et, reprenant ses tissus délicats, Elle finit une écharpe galante , Que ce héros ne lui demandait pas.

« O nuit, si lente à paraître, Sers mes projets amoureux.

Me voilà sous la fenêtre De l'objet de tous mes vœux.

Chimène, un ami, bien tendre...

CHIMÈNE

Rodrigue, je meurs d'effroi...

Parlez, je puis vous entendre; Tous les dangers sont pour moi.

RODRIGUE

De l'effroi que je fais naître Bravez le saisissement.

On ne peut me reconnaître, Grâce à mon déguisement.

CHIMÈNE

Depuis un jour déplorable, Chimène, livrée aux pleurs.

Est aussi méconnaissable; Mais c'est grâce à ses douleurs.

RODRIGUE

On peut dans la nuit obscure Nous entendre par malheur.

Ouvrez-moi, je vous conjure, Pour mieux garder votre honneur.

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