‹ Les romances du CidChapitre 22 sur 132 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

CHIMÈNE

Non ; ma porte est bien fermée.

RODRIGUE

Vous pouvez, par ce refus, Flétrir votre renommée.

CHIMÈNE

Je la flétrirais bien plus.

RODRIGUE

Quoi! toujours votre mémoire Aigrira votre raison ?

Quoi ! le temps et la victoire N'obtiendront pas mon pardon !

CHIMÈNE

Que Rodrigue se rappelle Qui par lui perdit le jour.

RODRIGUE

A l'honneur il fut fidèle ,

Et l'est non moins à l'amour.

...Ghimène, ô douleurs amères!

CHIMÈNE

Vous deviez, destins puissans , Donner moins de haine aux pères...

RODRIGUE

Ou moins d'amour aux enfans.

CHIMÈNE

Rodrigue , plaignez Chimène.

RODRIGUE

Quoi ! rien ne peut t'émouvoir !

CHIMÈNE

Ne vous dois-je pas ma haine ?

RODRIGUE

Ainsi tu me hais?

CHIMÈNE

Bonsoir. »

Obtenant enfin qu'on immole Un antique ressentiment, Ferdinand a pris la parole De Chimène et de son amant.

Demain le bonheur les couronne, Et leur hymen est publié.

Lorsque c'est l'amour qui pardonne, Hors l'amour, tout est oublié.

Par le don de plus d'un domaine, Ferdinand , juste et libéral , Voulut égaler à Chimène Le guerrier cjui n'a jDoint d'égal.

Une voix douce, une ame grande, A sa part dans cet abandon; Et l'infante a fait la demande , Si Ferdinand a fait le don.

L'astre heureux que l'aurore amène Paraît au bout de l'orient :

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