‹ Les romances du CidChapitre 23 sur 132 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le vaillant époux de Ghimène S'avance presque aussi brillant.

De son armure inoccupée On ne voit alors lui rester Que Tisonade, son épée, Que pour rien il ne veut quitter.

Aussi superbe qubéroique, Le Gid entre au palais de Dieu ^ Vêtu d'un pourpoint magnifique Que son père usa tant soit peu.

La foule au loin impatiente Le suit et du cœur et des yeux.

Sa parure est étincelante ; Mais ses hauts faits le parent mieux,

La vierg^e charmante et modeste Est près de l'amant doux et fi:er.

La bénédiction céleste Descendait déjà de l'éther, Lorsque le Gid, par sa tendresse, Groyant mériter son bonheur, Dit, avec beaucoup de noblesse Que tempère un peu de rougeur :

« Pour la moins excusable offense Votre père fut moissonné :

Si j'étais resté sans vengeance , Lui-même m'eût-il pardonné ?

Que n'est-il encor sur la terre L'appui du trône et de la foi !

Mais en lui vous n'aviez qu'un père , Et vous trouverez tout en moi.

Oui, dit-il levant son épée,

Qu elle se tourne contre moi,

Si de nouveaux attraits frappée,

Mon ame suit une autre loi !

A jamais ce moment vous donne

Un ami tendre, un noble époux;

Et votre père me pardonne

En voyant mon amour pour vous. »

Il disait ; et de Thyménée Les doux sermens étaient reçus , Et Ghimène était enchaînée.

Et tous les cœurs étaient émus.

Témoin muet de cette scène , DonDiègue, en ces momens chéris, Fuyait les regards de Ghimène , Et suivait tous ceux de son fils.

Ghimène, avec le roi, parrain

De cette noble mariée,

Les grands, levêque, tout enfi»

Sort devant la troupe égayée.

Des chants , et leurs bruyans éclats ,

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