LIVRE SECOND
En ce temps-là , le pape et l'empereur, A Ferdinand envoyant ambassade , Lui firent dire avec quelque hauteur r " Paie un tribut, ou crains une croisade. » Il s'indignait d'un affront si nouveau : Mais sa faiblesse arrêtait son courage.
Ce chêne altier devenait un roseau Qu'on engageait à plier sous l'orage.
Le noble Cid au conseil n'était pas , Quand à son maître on offrit une chaîne. Goûtant l'hymen en ses premiers appas , Il reposait dans les bras de Ghimène.
Mais quand , d'un fait dont chacun s'entretint , Un bruit fâcheux vint lui porter l'annonce , Quittant Bivar, quittant Ghimène, il vint, Il entendit ; et voici sa réponse :
" Roi Ferdinand, mon honorable roi.
Malheur à vous , malheur à la Gastille^
S'il advenait qu'une étrangère loi Flétrît l'éclat dont votre règne brille ! Un tel affront , que rien n'excuserait , Ni vous, ni moi, ne voulons le connaître. Autant d'honneur Dieu clément nous a fait, Autant il faut en conserver, mon maître.
Qui vous donna des conseils différens , A vous , à lui , dut penser davantage.
Au très saint Père , à tous ses adhérens , De la bataille expédiez le gage, L'engagement par moi sera rempli , Et contre tous j'accepte la dispute ; Car c'est au roi qu'appartient le défi , Et le soldat se charge de la lutte.
Au champ d'honneur seuls nous avons lutté:
Seuls nous saurons en garder l'avantage.
A ses périls l'abeille a récolté,
Et nul frelon n'est admis au partage.
Germain, Romain, et lion, et renard,
De ces gens-là je ne suis point l'apôtre ;
Si vous voulez leur céder une part ,
Ils sont tout prêts à vous disputer l'autre. »
Le Cid a dit. Le roi , ses conseillers, D'un vil tribut abjurent la folie.
Le Cid, suivi de dix mille guerriers.
Franchit les monts , menace l'Italie.
Pape, empereur, effrayés tous les deux,