‹ Les romances du CidChapitre 31 sur 132 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Moi, je finis: car votre époux sévère Vient me gronder de n'être pas au camp. «

Honneurs, talents, vertus, puissance.

Vains et faibles hochets dont s'amuse le sort, Le grand roi Ferdinand, frappé sans espérance,

Est gisant sur son lit de mort.

Léon , d'Alphonse est le partage; Garcie a la Galice aux éternels remparts ; La Castille et le Gid sont le noble héritage

De Sanche qui reçoit deux parts.

De ces soins l'ame déhée, Ferdinand n'attendait que le dernier moment. Quand, auprès du vieillard quiTavait oubliée,

Ouraque avan(ja tristement.

Des larmes voilaient son visage.

Elle baisa la main d'un père et d'un héros; Et, d'une voix modeste et d'un ferme courage,

La belle infante dit ces mots :

"Vous que j'aime et que je révère, Vous que le sort jaloux doit long-temps respecter, Le ciel m'en est témoin, si je garde mou père,

Je ne pourrai rien rejjretter.

Mais sur cette terre où nous sommes, Chez le chrétien pieux, le Maure détesté , Est-il aucune loi qui sacrifie aux hommes

Notre sexe déshérité ?

Et vous oubliez votre fille !

Non , je ne la suis pas : si je l'étais , seigneur , La nature , servant toute votre famille ,

M'eût protégée en votre cœur.

Fussé-je un fruit illégitime , Peut-être par devoir, sans doute par pitié, J'ai droit à vos bontés ; et qui naquit sans crime ,

Ne peut sans crime être oublié.

Si je fus coupable, ô mon père!

Accusez-moi plutôt. Le Maure , le chrétien , Tous, en voyant le tort que vous voulez me faire,

Demanderont quel est le mien.

La vie est pour Thommeun théâtre Où peut son ame agir, et son bras se mouvoir. Pour faire son destin son droit est de combattre,

Et c'est peut-être son devoir.

Mais une femme sans défense , Quel est son droit, sinon la plainte et la douleur ? Qu'au malheur on la livre , en son obéissance

Elle doit rester au malheur.

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