LIVRE II
« Gid, que fais-tu '^ » lui dit le captif qu'il révère.
— Sire, répond le Cid, presque avec un remord,
Ce que pour vous aussi mon bras aurait su faire;
Soumettons-nous tous deux au sort ! »
Lorsque Sanche en un fort eut envoyé Garcie ,
Ainsi qu'un épervier, fier d'un premier succès,
Sur Elvire , sa sœur il porta sa furie;
Et par le ravisseur la colombe saisie
Fut dans un monastère enfermée à jamais.
Empressé de venger et sa sœur et son frère , Alplionse alors tira le glaive destructeur : Mais , fidèle au respect qu'il portait à son père , « A don Sanche , dit-il , je ne fais pas la guerre ; Mais au Cid de Bivar, son fatal protecteur.
Si des bons ils perdaient la force protectrice , Les médians, disait-il, flécliiraient sur-le-champ. Dès qu'on aide le crime , on en est le complice. Oui, quand , par ses efforts , on soutient l'injustice, Le bon cesse de l'être, et devient le méchant. »
« Eh bien! mon Gid, dit Sanche au héros qui soupire, Réponds, suis-je attaqué parle roi de Léon?» Le Gid lui répondit : « Je n'ai rien à vous dire :
Dieu vous voit tous les deux. — Non, non, parle. — Eh bien, sire. Nous allons le punir du tort d'avoir raison. »
Deux peuples qui formaient naguère une famille, Luttent en déployant la fureur du lion. La valeur se signale , et la fortune brille : Alphonse est prisonnier des guerriers de Castille , Et Sanche est prisonnier des guerriers de Léon.
Mais le roi Sanche, eucor, trouva , pour le défendre. Le meilleur des guerriers que TEspagne eûtnourris : LeGid,pourraffranchir,prompt atout entreprendre Criait aux Léonais : « Ou me prendre , ou le rendre. » Le choc devint affreux : le Cid ne fut pas pris.
Le Cid , pour reconnaître un défi qui 1 honore , Fait d'Alphonse , en secret , relâcher les liens. Privé du trône, Alphonse au moins est libre encore Il échappe à son frère , et s'en va chez le Maure Chercher la liberté refusée aux chrétiens.
Quand à tous ses rivaux la fortune est contraire. Don Sanche se croit juste en se voyant heureux. Il forme des projets qu'avec peine il diffère : 11 pourra réunir l'héritage d'un père.
Zamora désormais manque seule à ses vœux.
Ainsi , fuyant le calme , on poursuit la tempête. Le sort pour trop de grands en vain se signala. Tel qui touche au sommet , avec regret s'arrête.