LIVRE TROISIEME
A vingt cités don Sanche redoutable, Veut encor Zamora dans sa possession.
Il y conduit une armée innombrable Ainsi que les pensers de son ambition.
Il Gid, dit ce roi, quelle cité hautaine !
Dix combattans égaleraient à peine Tva largeur de ses murs, rocher sur un rocher.
Le roc lui-même est pour elle une armure;
Et le Douro lui forme une ceinture Qu'à cette vierge altière on ne peut détacher.
O noble Gid, dont un père m'ordonne D'honorer la valeur et de chérir le nom ,
Vous dont j'ai fait la plus ferme colonne Sur qui va reposer l'éclat de ma maison,
Gomme un ami votre roi vous engage
A vous charger d'un pénible message Qu'à Zamora vous seul vous saurez adoucir
Oui, que ma sœur à mon désir se range.
50 LE Cil).
Pour Zamora j'offre tout en échaiip^Cj Et que je ne sois pas forcé de m'en saisir.
— Sire, aux sujets je dois plus d'un exemple.
Je respecte vos lois, et je vais le prouver.
Mais, je ne sais, Seigneur, plus je contemple,
Plus l'orgueil de ces murs a l'air de nous braver. • — O noble Cid, la terreur des batailles, Oui, les voilà, les premières murailles
Qui ne s'ébranlent point devant votre regard. » De l'éperon le Gid dut faire usage , Et son coursier, par un triste présage,
N'approchait qu'à pas lents du superbe rempart.
Aux murs de Zamora l'on n'avait point encore Du grand roi Ferdinand quitté le triste deuil. Les prêtres affligés priaient avant l'aurore. Et les temples gardaient la couleur du cercueil.
La belle infante encor pleurait le noble père Qu'à son dernier moment elle avait affligé, Et rougissait toujours, dans sa doideur amère, Que par un don si beau ce roi se fût vengé.
L'avenir l'effrayait: trahis par la victoire, Ses deux frères chéris la faisaient soupirer.