LIVRE III
Elle pleurait sa sœur, et, qui pourrait le croire ! L'iufante avait encor quelque chose à pleurer.
Un chagrin qui la mine incessamment s'augmente. Ce mal à tous les maux survivra dans son cœur. Sans plaisir, sans espoir, la triste et belle infante A pour toute sa vie amassé la douleur.
" La puissance ici-bas n'est rien qu'une ombre vaine . Le véritable empire est dans le sentiment. Celle qu'on n'aime pas est esclave; et là reine. C'est la plus humble femme unie à son amant. »
Sur l'antique sommet d'une tour menaçante Où , dans la plaine au loin ses yeux venaient plonger. Tels étaient les pensers où se livrait l'infante; Et le Gid qui parut ne l'en fit point changer.
Le Cid, avec sa faible escorte, De sa seule valeur cherchant toujours l'appui,
Des Zamorans forçait la porte :
L'infante vint soudain arrêter eux et lui.
Lors, de quelques larmes mouillée, Elle éloigna les siens qu'assemblait le héros ;
Et, sur la muraille appuyée, Au Cid, qui seul l'entend, elle adresse ces mots:
« Puisqu'il accable de détresse La ville où son portrait était gardé, chéri,
Puisqu'il abreuve de tristesse Le cœur où son image était gardée aussi ,
Puisque des bontés de mon père Le souvenir en lui sitôt s'est effacé ,
Ingrat auteur de ma misère , Le Cid n'est plus le Gid ; sou éclat est passé.
Que je suis une faible femme !
Je ne puis sur sa tête appeler le malheur.
Si son orgueil blesse mon ame , A Coïmbre naguère il a blessé mon cœur.
Je ne l'oublierai de ma vie, Ce jour incessamment à mes yeux retracé ;
Mais, puisque c'est lui qui l'oublie , Le Cid n'est plus le Gid ; son éclat est passé.
Mon père lui donna ses armes , Ma mère, son coursier, moi, ses éperons d'or.
Ges souvenirs remplis de charmes Sont loin de sa pensée, et m'occupent encor.
Pour lui que j'ai senti d'alai-mes !
Que n'eût pas fait pour lui ce cœur par lui blessé !
Et c'est lui qui cause mes larmes !
Le Gid n'est plus le Gid ; son éclat est passé.
Il voulut épouser Ghimène.
On a vu tous les droits dïm indigne métal, Quand, à la fille d'une reine.