‹ Les romances du CidChapitre 38 sur 132 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Rodri(^ue a préféré la fille d'un vassal.

L'amour le décida peut-être; Mais puisque au second rang lui-même il s'est placé,

Il nous apprend à le connaître :

Le Cid n'est plus le Cid ; son éclat est passé.

Puisque par des leçons sévères Il n'a point de don Sauohe arrêté la fureur,

Puisqu'il a combattu mes frères , Puisqu'il a pu souffrir qu'on dépouillât ma sœur.

Puisqu'il abaisse sa grande ame A servir tous les vœux de mon frère insensé ,

Puisqu'il vient combattre une femme.

Le Cid n'est plus le Cid ; son éclat est passé. »

Ainsi parlait la belle infante , D'un amour malheureux gardant le souvenir ;

Et devant sa plainte éloquente Le Cid, toujours le Cid, ne devait pas tenir.

On vit la terreur des batailles Détourner son coursier, et dire avec rougeur:

« Fuyons : il part de ces murailles Des invisibles traits qui déchirent le cœur. »

D'un dernier tort craignant d'être complice , F^e Cid voulut rendre son roi plus doux ;

Et pour l'infante invoquant sa justice, Contre lui-même excita son courroux.

« Gid, dit le prince, un tel discours m'offense. Je le vois bien : tel est le sort des rois, Quand leur faiblesse avec trop d'imprudence Laisse un sujet au-dessus de leurs lois.

C'est vous, vous seul qui, méditant des crimes , A la révolte animez Zamora.

Depuis long-temps je connais vos maximes Que votre roi jamais n'applaudira.

Souvenez-vous que votre tête altière Aurait déjà payé votre discours, Si je n'avais , par celle de mon père , Fait le serment de respecter vos jours ;

Mais sur-le-champ que le Gid se retire De mes Etats par son orgueil bravés.

— Est-ce de ceux qu'il vous a conquis, sire. Ou bien de ceux qu'il vous a conservés ?

— J'ai dit de tous. » Le héros qu'on exile, Et qui resta très rêveur jusqu'ici.

Sourit alors, et s'éloigne tranquille.

Silence au camp : le Gid en est parti.

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