LIVRE III
Quels g^ierriei^s Zamorans, d'une course légère Lancent leurs andalous sur les bords du Douro? Dernier fils du vieillard, l'un brave un adversaiie ; L'autre en braverait deux , et, vieilli dans la guerre , Sut illustrer le nom d'Arias Gonzalo.
Terrible aux Castillans, soudain leur voix les somme De lutter avec eux dans le champ de l'honneur. «Nous venons, criaient-ils, guen'iers que l'on renomme, Pjouver que votre roi n'est pas un gentilhomme. Lorsque du legs d'un père il veut priver sa sœur.
Si ceux qui nous joindront, nonobstant leur vaillance Ne nous cèdent d'abord la gloire de ce jour, S'ils ne sont renversés au premier coup de lance, Que jamais aucun prince en nous n'ait confiance ; Que nulle femme en nous ne mette son amour.
Si ce juste défi leur paraît redoutable,
Ef si de leur valeur il arrêtait lessor.
Qu'ils viennentdix et vingt, dansleurcause coupable,
Qu'ils viennent, s'illeurplaît, accompagnésdu diable;
Mais non accompagnés du Cid Campéador."
Deux nobles Castillans, entendant cette injure, Crièrent : « f jaissez-nous nous armer seulement.
Et vous allez savoir si la victoire est sûre. >>
Ils partent, et, tandis qu'ils prenaient leur armure,
L'honneur de Zamora disait à son enfant :
« De toi , mon fils, ce jour va rendre témoignage. Vois toutes ces beautés qui bordent nos remparts : Ce n'est pas moi, blanchi par la guerre et par l'âge , Que contemplentleurs vœux, que leur attrEÙt engage; C'est toi, jeune guerrier, qui fixes leurs regards.
Si tu te conduis bien , toute ma noble terre Ne vaut pas les rubans qu elles te vont offrir. Mais si tu te montrais indigne de ton père, La plus cruelle mort me serait moins amère Que les amers discours qu'elles te vont tenir.
Ferme sur Fétrier ! ferme sur le courage ! Tiens ton glaive tout prêt , ainsi que ton effort. Qui frappe le premier, prend un grand avantage. Voilà nos ennemis, c'est un heureux présage. Pique avec moi , mon fils : la victoire ou la mort! »
C'est la victoire. Avide et de vaincre et de plaire, Le jeune homme abattit son rival furieux ; Et le vieillard, ayant, par un coup exemplaire, A dix pas du cheval lancé son adversaire, Tous deux à Zamora rentrèrent glorieux.