LIVRE III
Devant ce sié^^e difficile Don Sanche languissait, malheureux attaquant. Les guerriers de son camp n'abordaient pointla ville, Les guerriers de la ville abordaient dans son camp. Enfin, voyant pâlir sa noble destinée,
Ses preux, les meilleurs, les plus vrais, Vinrent lui dire , un jour , de son peu de succès La cause, qu'en secret il avait devinée.
« Rien, dirent-ils, ne nous succède.
Et rien dans ce projet ne nous succédera; Si Dieu ne nous secourt , ou le Gid ne nous aide , Jamais nous n'entrerons aux murs de Zamora. Jamais impunément, seigneur, de pareils hommes
Ne sont exilés des combats.
Nous tous , vous excepté , nous ne le valons pas, Et le Cid à lui seul vaut tous tant que nous sommes. »
Le prince , que le sort accable , Obéit à la loi de la nécessité.
Il envoya chercher le héros redoutable , Par don Diègue Ordono , presque aussi redouté. Même alors que son prince et s'irrite et s'offense ,
Un sujet ne doit qu'obéir ; Et, quand à s'excuser il le voit consentir. Il doit, s'il se pouvait, doubler d'obéissance.
Toutefois de cette injustice La dame de Bivar ne se désolait pas.
Le prince , dont le Cid excusait le caprice , Alla, même assez loin, au-devant de ses pas. C'est ainsi que souvent eux-mêmes se punissent ,
Des rois trop prompts à s'égarer.
Quand on insulta trop , il faut trop réparer : Les fautes de l'orgueil sur l'orgueil rejaillissent.
Du dépit étouffant la flamme , Dès qu'il revit son roi, le Cid majestueux Descendit de cheval; et le roi , dans son ame , Fut honteux que le Cid fût si respectueux. Lesvoix et les tambours, sans qu'aucun se contraigne,
Fêtent le retour d'un sujet.
Le roi n'osa blâmer ce brait qui l'outrageait. Qu'y faire ! dans un camp , c'est le héros qui règne.
' Du traître il faut toujours craindre la trahison ; Mais l'injuste sur-tout doit redouter le traître. Le guerrier Bellido, d'assez douteux renom, Ose devant don Sanche en fugitif paraître. « Grand prince, lui dit-il, j'invoque vos bontés; Je viens ici, fuyant d'odieux révoltés ,
' Cette romance et lestroissuivantes forment les romance,-, zanioranes que l'Espagne a chantées lony-temps, et admire encore.