‹ Les romances du CidChapitre 42 sur 132 · LIVRE IIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ

Et jeter à ses pieds celui qui fut son maître. Du traîtie il faut toujours craindre la trahison ; Mais l'injuste sur-tout doit redouter le traître.

Désarmé qu'il était , sur son Babiéça

Le Cid suit Bellido que la frayeur emporte ,

Croit le joindre , s'abuse , et voit, de Zamora

Entre le traître et lui se refermer la porte.

« Malheur sur moi ! dit-il ; peut-être Taurais-je eu,

Si de mes éperons j'avais été pourvu.

O lâche , qui nous perd et qui nous déshonore ! »

Cependant au milieu de son camp éperdu

On rapporta le roi, que l'on flattait encore.

Seul, un vieux chevalier, le comte de Cabra, Dit : ^ Votre corps n'est rien ; songez , sire , à votre ame. — Ce n'est donc qu'en mourant qu'un monarque pourra Savoir la vérité que toujours il réclame! Dit le prince couvert des ombres du trépas. — On la lui dit plus tôt, mais il ne l'entend pas. Et repousse bien loin l'ami qui le conseille, » Lui répondit le Cid , qui répondit tout bas. Et de l'infortuné n'offensa point l'oreille.

Don Sancbe est mort, la rage dans le cœur, Sur Zamora tournant encor la vue.

De ses guerriers la plus vaillante fleur Près de son corps reste pâle , abattue. Tous se taisaient j tous glacés , gémissans , De leurs regrets donnaient la juste marque ; Le Cid enfin de ces nobles accens Accompagna lame de son monarque :

« Sire , vos vœux ne me crurent jamais. Vous régneriez encor sur la Gastille.

Le sort vous fit l'effroi de vos sujets, Et désola par vous votre famille.

En ce moment, devant ces preux témoins, Qu'ctes-vous , sire , après tant de vaillance ? Un vain néant... que nos fidèles soins Vont honorer de toute leur puissance.

Guerriers, dit-il, un de nous va porter Aux Zamorans un défi nécessaire, Après ce coup que l'on doit détester. » Il dit , et cherche en vain un téméraire. De Gonzalo , de ses nobles enfans , Les Castillans se rappelaient la gloire. Ces cinq guerriers tant de fois triomphans Ne faisaient pas espérer la victoire.

Chacun du Cid considérait les traits.

M Amis, dit-il aux guerriers qu'il étonne , Contre ces murs j'ai juré que jamais Je ne serais armé de ma personne ; Mais quand il faut, défiant Zamora,

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