LIVRE III
Par la gorge il en a menti , Celui dont la voix , qui se raille , Dit qu'Arias s'est repenti D'avoir accepté la bataille.
Enfin , dans un sombre appareil , Il entre au milieu du conseil , Suivi de sa noble lignée.
Chacun d'un long crêpe est noirci , Comme image momentanée De leur honneur enseveli.
« Noble infante , dit Gonzalo , Et vous , vaillant aréopage , Contre nous don Diègue Ordono , Du Cid a pris le personnage.
Ce n'est point l'instant des discours : Nous allons , au bruit des tambours , Combattre , et vous venger peut-être.
Leur accent vient nous avertir ; J'ai déjà tardé de paraître , Et ne tardons point à partir. »
Tous de leur voile en ce moment Dissipent les ombres flottantes ;
()6 LE Cil).
Tous se montrent également Couverts d'armes étincelantes.
En voyant si fiers et si beaux Ce père et ces fils de héros, Toutes les têtes s'inclinèrent.
La princesse invoqua les cieux , Et quelques larmes qui coulèrent Embellirent encor ses yeux.
« Madame , voilà mes enfans Elevés par moi dans la guerre ; Agréez-les pour combattans , Afin qu'ils surpassent leur père.
Leur père, qui lit dans leurs cœurs, Les garantit morts ou vainqueurs , - S'ils touclient votre main royale.
De ce prix payez leur ardeur.
Quand pour l'honneur on se sign.ile , Le premier des prix est l'honneur. "
li'infante présenta sa main.
A genoux lui rendant hommage, Les quatre guerriers dans leur sein Sentirent tripler le courage.
Rompant cette assemblée , alors L'infante , en ses touchans efforts, Sollicita, comme une grâce, Que le vaillant comte Arias Laissât ses fils brillans d'audace Lutter seuls au champ des combats.