LIVRE m
-c Si c'était le Gid qui luttât , Vous pourriez tenter la victoire; Le Cid saurait dans le combat Ménager vos jours et sa gloire.
Pour sa valeur apprécié , Votre adversaire est sans pitié , Et vous , fatigué par la guerre.
Songez , cédant à mon eifroi , Que vous jurâtes à mon père De le remplacer près de moi.
Ah ! du moins , si le ciel voulait Que le Cid en ce jour funeste...
Mais que dis-je ! comme on se plaïf A parler de ce qu'on déteste !
Par vous du moins qu'il soit promis De ne lutter qu'après vos fils :
Oui, que ce serment me rassure.
— Ah ! puis-je à ce point m'oublier ! Le premier j'ai reçu l'injure ,
Et la dois punir le premier.
— Non , laissez courir vos enfans , Et que votre âge vous fléchisse.
— Ils peuvent perdre soixante ans Dévoués à votre service.
— Et vous, cruel , trompant mes vœux...
— Moi, je puis perdre une heure ou deux. Qui vous serait encor propice :
Si, devant leur père expiré,
Mes enfans entrent dans la lice, Leur triomphe est bien assuré. "
A la fin s'étant réunis ,
Tous les guerriers, toutes les dames,
Et les instances de ses fils,
Modérèrent ses nobles flammes.
Des premiers coups, dans sa douleur,
Forcé de rester spectateur,
De dépit il jeta ses armes.
« Ah ! dit-il, le vieil Arias
Va plus souffrir de ses alarmes
Qu'il n'eût souffert de son trépas. »
Quand le champ d'un combat nécessaire et fatal Fut ouvert sous les murs de la ville assiégée , Diègue le parcourut au pas de son cheval , Mesurant la cité qu'il avait outragée.
Les enfans du vieillard, pleins d'un noble courroux, Entendaient résonner le signal de la guerre. Sinistres instrumens, fanfares, taisez- vous! Ne bouleversez ' pas les entrailles d'un père !
' Je sollicite un peu d'indulgence pour cette expression. J'avais écrit, et on peut lire: Cessez de déchirer les entrailles d'un père : mais il m'a semblé qu'en voulant dire plus, je disais trop, c'est-à-dire beaucoup moins. Enfin, j'en suis revenu à l'expression espagnole, qui m'a paru