‹ Les romances du CidChapitre 46 sur 132 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Celui qui du vieillard fut béni le premier Fut l'aîné de ses fils , fameux par son courage. S'approchant de Lara, plus ancien chevalier, Par un salut modeste il lui rendit hommaj^e. u Chevalier, lui dit-il , le ciel nous jugera : Puissé-je me montrer digne de mes ancêtres , Et d'un injuste affront consoler Zamora ! » Diègue lui répondit : " Vous êtes tous des traîtres. »

Ils s'éloignent alors, ces ennemis vaiUans;

Tous deux prennent du champ, semblent prendre des ailes;

Oui , vous auriez cru voir deux nuages volans

D'où la foudre s élance en vives étincelles.

Le calme reparut , le calme de la mort.

Le jeune homme , qu'en vain avait flatté la gloire ,

Couché sur la poussière a terminé son sort :

Ce n'est rien que la vie , hélas ! mais la victoire !

Le père, à cet aspect, lève ses bras vengeurs : Les yeux chargés de pleurs, mais la voix affermie , « Un autre 1 » cria-t-il, déchirant tous les cœurs '. Le second a couru ; le second est sans vie. Le troisième , à son tour , de vengeance jaloux , Trahi par le destin roule sur la poussière.

rendre mieux qu'aucune autre la plus horrible angoisse où un père se soit trouvé. Dans cette occasion et dans vingt autres, je me suis flatte qu on ferait grâce à la singularité en faveur de l'énergie.

'Dans l'espagnol c'est Diègue Ordono qui crie: Un autre! Dans la bouche du vainqueur, c'est un cri féroce; dans la bouche du père, il m'a semblé que c'était un cri héroïque et attendrissant.

Sinistres instrumens , fanfares, taisez-vous ! Ne bouleversez pas les entrailles d'un père !

Quelles larmes roulaient dans les yeux du vieillard ! De son cœur paternel quelle était la souffrance, Quand ce héros, voulant affermir son regard , Arma son dernier fils, sa dernière espérance ! « Ferdinand , lui dit-il , unissant nos efforts , Nous avons en ce lieu vaincu deux adversaires ; Mon fils, fais aujourd'hui ce que tu fis alors. Avant de commencer, cours embrasser tes frères. »

Le jeune homme auprès d'eux va d'ardeur s'enivrer. — Regarde-moi, mon fils. — Ah ! tu pleures, mon père ! — Eh bien ! je vis , nu jour, mon père aussi pleurer D'un affront qu'il reçut d'un Maure téméraire ; L'aspect de sa tristesse embrasa ma fureur. Au bras de son enfant sa vengeance était prête; Je courus sans retard consoler sa douleur, Et de mon ennemi lui rapportai la tête.

— Le comte ou moi, mon père, ou du moins tous les deux! Ses blonds cheveux flottaient sur son jeune visage. Jamais guerrier partant pour un choc hasardeux Ne fut si beau de traits , et si beau de courage. Ah! dans un tel moment quel cœur fût resté froid! Vers lui , comme il partait , tous les bras s'élevèrent. « Mes frères ne sont plus, et mon père me voit. " Les hommes frémissaient, et les femmes pleurèrent.

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