LIVRE m
Le dernier des enfans du comte Gonzalo , Saluant, à midi, le plus noble des pères , Franchit la palissade, et, dans Diè^ie Ordono , Regarda sans pâlir le vainqueur de ses frères. Ordono, qui bravait ce courage enfantin, A défendre ses jours vit sa fierté réduite. Un coup impétueux pénétra dans son sein ; Mais il ne devait pas en mourir tout de suite.
Bientôt de leur combat rien n égale l'horreui-. D'armes et de débris la carrière est remplie ; Et de poudre couverts, et blanchis de sueur, Leurs coursiers ne pouvaient suffire à leur furie. De deux haches qu enfin on fait jeter vers eux , Dans leurs brûlantes mains le fer éclate et brille. L'adolescent surpris, sur son front généreux, Reçoit le premier coup du guerrier de Gastille.
Aussitôt quil se sent cruellement blessé, IjC jeune homme , serrant le coursier qu'il embrasse, D'une ardeur de lion sent son cœur embrasé, Et pour un dernier coup réunit son audace. Mais son sang, qui déjà coule autour de ses yeux , Trouble le mouvement de sa main incertaine. S'il n'atteint son rival, d'un coup encore heureux, Du coursier qui l'emporte il a coupé la rêne.
Par-delà la barrière Ordono s'égarant , Par là des Zamorans assure la victoire. Mais au champ de la lutte Arias accourant,
Y voit son dernier fils expiré dans la gloire. Renversé, comme un lis par l'auster en courroux , Son fils victorieux est couché sur la terre. Sinistres instrumens, taisez-vous, taisez-vous! Ne bouleversez plus les entrailles d'un père !
Telle fut l'issue de ce fameux champ clos de Zamora, dont tous les historiens rapportent l'histoire. Les Zamorans prétendirent à la victoire , par toutes les règles des batailles, qui condamnaient celui qui sortait du champ. DiègueOrdono prétendit en avoir été emporté malgré lui; Arias désespéré voulut s'exposer à son tour; mais le Cid s'y opposa. D'ailleurs Diègue Ordono se trouva bientôt hors d'état de combattre, et tomba pour ne plus se relever. Sa mort ne consola point Zamora d'un triomphe trop cher; mais du moins cette ville fut déclarée lavée de l'assassinat de don Sanche , assassinat dont la véritable cause est restée un des nombreux mystères de l'histoire.