‹ Les romances du CidChapitre 49 sur 132 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« Répétez, » dilleCid. Alphonse

Le dit trois fois ; mais, irrité.

Toujours plus fièrement alors qu'il le prononce , Il menace des yeux le Gid qui l'a dicté.

« Soyez à lavenir moins fier et plus prudent, Rodrigue : votre roi sent et punit l'outrage;

Vous avez reçu mon serment :

Frémissez de cet avantage.

La passion chez vous a montré son aigreur.

Un bon droit orgueilleux est quelquefois funeste.

Dans les camps vous avez du cœur;

Mais dans les cours soyez modeste.

Sachez mieux le respect que Ton doit à des rois , Et modérez l'excès d'un orgueil téméraire.

Vos discours gâtent vos exploits.

La paix pour vous flétrit la guerre.

Exigeant l'arbalète offerte à ma furem-,

Vous avez vu long-temps et bravé mon murmure :

Mais ce trait fixé sur mon cœur

Dans mon cœur a fixé l'injure.

Tu dis qu'à l'homme vil mes jours sont dévolus. Ah ! bien vil en effet à tous il doit paraître.

Tout gentilhomme ne l'est plus En portant la main sur son maître.

Veuillez ne point d'un an paraître devant moi.

— J'en prends quatre, répond le Gid que rien n'étonne; Puis-je obéir trop à mon roi Dans le premier ordre qu'il donne ! »

11 dit, quitte le roi sans lui baiser la main ;

Et trois cents chevaliers, partageant son outrage ,

Suivent leur seigneur suzerain,

Qui vaut un roi par le courage.

Les deux filles du Cid se faisaient admirer ; Leurstraits étaient charmans , leur grâce était parfaite ; L'infante veut les voir. En voulant les parer, Pour la première fois Ghimène fut coquette.

Sa plus riche livrée escorta ses enfans; Mais Ghimène resta : « Que d'autres s'humilient , Disait le Gid ; gardez toujours avec les grands Mon rang qu'ilfaut toujours que les petits oublient.»

Elvire et Sol ont tout, le charme et la beauté. Point de cœurs si glacés que ces enfans n'attirent. L'infante les suivait d'un regard enchanté. D'où vient qu'elle pleura quand elles lui sourirent?

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