‹ Les romances du CidChapitre 50 sur 132 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Sent-elle à leur aspect ou la haine ou l'amour? Elle cherche , elle fuit leur figure si douce, Les quitte avec dépit, les reprend tour-à-tour, Les couvre de baisers, et déjà les repousse.

L'infante les admire, et les blâme soudain. Bien qu'elle n'ait rien vu de si beau sur la terre, Elles ont quelque chose, oui, quelque chose enfin Qui gâte, dans son cœur, l'image de leur père.

Elle aime à déranger leurs atours gracieux , Qu'avait formés leur mère avec des soins extrêmes. Leur parure en ses mains aurait été bien mieux. Que pensait-elle, hélas! sur les enfans eux-mêmes?

« A qui ces enfans-là? dit Alphonse arrivant. — Ce sont ceux d'un banni dont la gloire est si. belle. Que par ses vœux le Maure éloigne bien souvent Ce chef que par les siens tout Castillan rappelle.

— Le Gid? Il est bien vrai, les Maures, nos voisins, Ont cessé d éprouver ses armes invincibles. On dit qu'il fait au loin trembler les Sarrasins.

— Ses enfans , on le voit, sont beaucoup moins terribles.

— Enfans, que voulez-vous? parlez, et demandez.

— Sire, nous demandons votre règne prospère. " L infante s'écria : « Sire , vous entendez :

Elles ont demandé le retour de leur père.

— Moi , je vous entends bien. Constante à le chérir. . . — Mon frère, quelle erreur! Moi , l'aimer! Je l'abhorre. — Je le crois ; mais, tenez : craignez de le haïr... Au point que votre cœur, avant peu , ne 1 adore. »

Alphonse toutefois, à l'infante cédant, Abrégea cet exil pour lui-même funeste.

Au désir de son roi Rodrigue répondant, Reparut près de lui. Prions Dieu qu'il y reste.

Au monastère où saint Pierre est prié , Le brave Alphonse, au sortir de la messe , Avec le Gid , trop long-temps oublié , Causait; montrant l'ardeur de la jeunesse , Aux Sarrasins il jurait le trépas , Et, désirant illustrer sa mémoire, Ne doutait point qu'au chemin des combats Il ne trouvât l'honneur et la victoire.

De cet air grave , et qui sied aux héros , Le Cid répond : » Rodrigue doit le dire : Avant d'avoir des empires nouveaux, Il est prudent d'assurer sou empire :

Affermissez votre pouvoir douteux , Et vous irez après à la conquête.

Votre couronne éblouit tous les yeux ; Mais laissez-la s'asseoir sur votre tête. »

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