‹ Les romances du CidChapitre 51 sur 132 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Don Beriiîudo, du monastère abbé ,

Dit d'une voix qu'il veut rendre hautaine :

« Rodrigue peut, puisqu'il est si tombé,

Suivre à Bivar les leçons de Chimène ;

Assez de preux , pleins d'un meilleur esprit.

Sauront , sans lui , s'illustrer dans la guerre. »

Le Gid alors l'envisage, et lui dit :

<f Votre capuce est de travers , mon frère. »

L'abbé rougit, et pourtant lui repart : « Un tel discours de surprise me frappe. J'ai su porter aux camps un étendard, Si dans le chœur jesais porter la chape. Si d'un vainqueur je n'ai pas le renom, .l'ai procréé qui peut être invincible.

Je sais encor jouer de l'éperon.

— Pour fuir, répond le Cid, c'est très possible.

— Gid, dit le prince, il est temps de cesser; Rien n'est sacré pour votre humeur altière.

— Ma foi, seigneur, je vais vous confesser, Si cet abbé veut vous parler de guerre. Tout son devoir est d'invoquer les cieux : Nous combattons ; lui , qu'il prie et qu'il tremble. » Ah ! noble Gid, il te vaudrait bien mieux Avoir bravé tous les Maures ensemble !

Par les douleurs éprouvée, L'infante Ouraque , à sa fin Sent bien qu elle est arrivée , Et voit son dernier matin.

Alors cette noble infante , Au plus fameux des béros , De sa main déjà mourante , Écrivit ces derniers mots :

i< Adieu , Gid , toi que sans cesse De mon regard j'ai suivi.

Je te cacbais ma tendresse :

Tu crus qu'elle avait fini.

Mon cœur ne fut pas le maître De jamais se délier.

On peut t'ignorer, peut-être ; On ne peut pas t'oublier.

Pour moi tu fus insensible ; Et moi , plus juste envers toi , J'admirai ton bras terrible , Appui du trône et du roi.

Ta gloire , dans ta patrie , A d'innombrables témoins.

Si je ne fus pas choisie , J'avais bien choisi du moins.

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