LIVRE IV
Mais, malgré ma longue peine , Je l'avoue , et je le doi, Si tu préféras Ghimène, Chimène est digne de toi.
Sa beauté n'a point d'égale ; Ses vertus gagnent le cœur; Je pardonne à ma rivale , Puisqu'elle fait ton bonheur.
Dans les plus nobles familles , De bienfaits mon cœur jaloux, Eût bientôt , pour tes deux filles , Choisi de nobles époux :
Plus tard, dun soin tutélaire, Pour mieux punir tes mépris , Je voulais presque à son père Egaler ton jeune fils.
Le sort termine ma vie; Mais, j'ose ici t'en prier , A la cour , où l'on t'envie , Sois moins franc et moins altier.
Long-temps, à toutes les plaintes, Pour toi j'ai su résister; Et j'ai paré les atteintes Qu'on cherchait à te porter.
Ah ! pour venir te défendre Quand on voudra t'opprimer, Rodrigue, puisse ma cendre
82 LE Cil).
Renaître et se ranimer !
Mais je qnitte ce rivage Où jadis je vis le jour, Et je pars pour le voyage Qui n'a jamais'de retour.
Grains la détestable adresse D'ennemis trop assidus ; Et crains ta propre rudesse, Compagne de tes vertus.
Sois prudent , je t'en supplie ; Veuille t'en faire la loi , Par égard pour une amie Qui ne peut plus rien pour toi.
Quand , au destin asservie , Je vois arriver enfin Le dernier jour d'une vie Qui ne fut qu'un long chagrin, D'une espérance ilatteuse Laisse-moi bercer mon cœur , Et mourir, au moins, heureuse De l'espoir de ton bonheur. »
Cette missive touchante Du Cid émut les douleurs ; Et Chimène sur l'infante Répandit aussi des pleurs.
Malgré leur mélancolie, Malgré leur regret amer,