‹ Les romances du CidChapitre 54 sur 132 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

.( Sire, sur quelque droit qu'un tel ordre se fonde, .Te n'ai point, pour me taire, un courage assez bas;

Je ne sais que Dieu dans le monde

A qui je ne répondrais pas.

Frappez-moi d'un poignard que moi mémej implore. Si l'honneur peut périr par les discours d'un roi.

Mais c'est la loi qui déslionore.

Et ce n'est jamais que la loi.

« Qu'un autre , dites-vous , et me soutienne, et m'aime. « « Dès que ce sera moi que je voudrai servir.

Je saurai m'élever moi-même ,

Sans qu'il me faille soutenir.

Félicitez-vous bien, sire, au lieu de vous plaindre. Lorsque des Sarrasins je me fais redouter.

Peut-être ils pourront moins vous craindre,

S ils cessent de me respecter.

Un serment qui vous sert m'a valu votre haine. Ah! si j'avais voulu d'un roi déshonoré,

Je n'aurais pas pris tant de peine

Pour voir votre honneur épuré.

Quoique sur Bellido l'insolence murmure , On m'afflige sans doute : on ne peut m'irriter.

vS'irriter d'une telle injure , Serait presque la mériter.

Je m'absente, il est vrai, des bals même où vous êtes. Je danse mal, seigneur, et j'en dois convenir.

Mais, au concert de mes trompettes,

Que de Maures j'ai fait courir !

J'honore les Cortès. et pourtant m'en absente; Mais j'ai cru mieux soigner ailleurs vos intérêts.

Aux combats ma lance est présente :

C'est là que je tiens mes Cortès.

Entre ceux de mes torts que votre humeur rassemble. Parmi les Sarrasins je n'ai plus d'ennemis:

On n'a plus d'ennemis , me semble ,

Alors qu'on les a tous soumis.

Fier de votre faveur, seul.^ braviuit ma vengeance. Le Maure de Tolède a dû se repentir.

Pour vous ne souffrant pas l'offense,

Pour moi je sais mal la souffrir.

Si j ai par mes succès accru votre couronne. Et si j'ai dissipé mes biens à vous servir.

Je vois mieux ce que je vous donne

Que ce que l'on peut me ravir.

Mais, sire, de ce jour, aux regards de l'Espagne, Le Gid d'un autre soin se montrera jaloux.

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