LIVRE IV
De ce jour, tout ce que je gagne Est à jamais perdu pour vous.
Je n'obéis point, sire, en quittant ce rivage ; Je m'éloigne, blessé d'une injuste rigueur.
Qui ne sait point sentir 1 outrage ,
N'a jamais bien senti l'honneur.
Puisse la Vierge sainte, et tout votre mérite , Vous faire prospérer , et prospérer si bien.
Que jamais du bras qui vous quitte
Vous ne regrettiez le soutien 1 »
« Roi qui blesses mon Gid que par-tout on renomme , Par tes discours quand il est insulté.
Si tu n'avais été qu'un gentilhomme,
Son glaive en son fourreau ne serait pas resté.
Ah! s'écriait Ghimène, en son séjour modeste, Pour tous les tiens que n'a-t-il su tenter ! il t'a fait vaincre, et ton cœur le déteste...
Tu l'aimerais encor, s'il t'avait su flatter.
Grâces à sa valeur, par- tout on te redoute , Et tu lui dois ton pouvoir , ton éclat : Tu ne pouvais lui pardonner, sans doute.
Un sujet bienfaiteur fatigue un prince ingi'at.
Espérant l'accabler du poids de ta colère,
Tu le bannis, ô roi! tu le bannis?
Tu ne le peux: par-tout on le révère; Sur la terre un grand homme a par-tout son pays.
L'exil ne peut punir que tes flatteurs coupables. Ces êtres vils, ces oisifs courtisans , A tes guerriers hommes très redoutables ,
Et très peu redoutés des guerriers musulmans. »
Quand , de tant de travaux et des plus hauts faits d'armes .
Par un exil le cours se terminait ,
Sous le dépit voulant cacher ses larmes, Ainsi parlait Ghimène ; et le Gid se taisait.
Ce noble Gid, en qui la gloire brille,. De ses honneurs voit tout l'éclat pâlir; Lui, dont les faits honorent la Gastille, De la Gastille il s'apprête à partir.
Mais à l'argent le Gid n'a pensé guères. Gomment partir? ses comtés sont saisis ; Et son trésor, prodigué dans les guerres, Lui laisse à peine un seul mai-avédis.
Ghimène alors, sans retard et sans peine. Vient au héros, et met entre ses mains