LIVRE IV
Portez vos sons mélodieux. Les tambours, effroi des esclaves, N'offrent à l'oreille des braves Que des accens harmonieux. »
Il est armé , le Gid : il parle à sa Chimène,
Époux encor , bientôt guerrier.
Le fier Babiéça bat l'espace et l'arène ,
En attendant son cavalier.
Il est armé , le Gid. Les Maures de Valence
Déjà n'en osent plus sortir.
Alphonse le regrette, et d'une injuste offense
Il sent trop tard le repentir.
« Pourquoi pleurer? Du Ghrist servant la cause auguste.
Je vais servir aussi l'État :
Tout noble chevalier combat pour son roi juste.
Et même pour son prince ingrat.
Ghimène , vos aïeux ont illustré nos guerres;
Montrez leur courage, et qu'en vous On connaisse toujours la fille de tels pères,
Et la femme d'un tel époux.
Des détails du ménage une femme s'honore. De vos filles formez les mœurs;
Avec elles brodez, le soir; et dès l'aurore Ayez l'œil sur vos serviteurs.
Je vous laisse le soin de la poule craintive,
Et des liabitans du bercail.
Filez souvent; jamais ne demeurez oisive :
La vertu naquit du travail.
Que vos beaux ornemens, dont j'aime l'élégance ,
Disparaissent à l'œil du jour; Que vos simples habits annoncent mon absence,
Et vos parures mon retour.
Gardez, dans la retraite où votre époux vous laisse,
Vos filles aux naissans attraits; Près d'elles aux dangers il faut veiller sans cesse ,
Et ne leur en parler jamais.
La nuit, rapprochez-les de votre œil tutélaire ;
Le jour, suivez-les au verger.
Ghimène, pensez-y : des filles sans leur mère,
Ce sont des brebis sans berger.
Que chez vous on vous aime et que l'on vous révère;
Trop d indulgence a son danger.
Pour vous et nos enfans sur-tout soyez sévère,
Et modeste avec l'étranger.
Quand on connaît trop bien on ne respecte guère ; De nos intérêts ne causons;