LIVRE IV
Car le respect d'autnii, fondé sur le mystère, Fait la puissance des maisons.
Sur-tout, par nul motif, sous le regard des autres, N'offrez mes lettres et mon seing.
Mon plus fidèle ami ne verra pas les vôtres. Le secret d un époux est saint.
Si cependant pour vous, ô femme que vous êtes,
Le silence était trop cruel , A mes jeunes eufans, pour les rendre discrètes.
Montrez le billet paternel.
Des étrangers, Chimène, en toute circonstance,
Craignez les conseils indiscrets.
Vous me connaissez bien : suivez en mon absence
Celui que je vous donnerais.
Ou bien , écrivez-moi. Ma réponse prochaine
Viendra vous garantir d'erreur.
Ma plume ne peut pas manquer à ma Chimène,
Plus que moti épée et mon cœur.
S'il vous faut de l'argent, que la demande vole ;
D'abord je vous en enverrai.
Ou, si je ne le puis , engagez ma parole ;
Le ciel même est moins assuré.
Adieu, Chimène, adieu. Sur mon sort sois tranquille. Je prends un baiser dans tes bras.
Je ne prends qu'un baiser, pour t en rapporter mille Du milieu des affreux combats.
Mes guerriers, dont les vœux à peine se déguisent ,
Ont trouvé mon adieu trop long :
Ils sont impatiens; et je les vois qui disent
Que je fais le jeune garçon, y.
Ainsi parle celui qu'au loin l'Espagne honore;
Et , soumise au sort inhumain , Ghimène , que le Gid veut embrasser encore ,
Lui baise avec respect la main.
« Giel, ô ciel qui m'entends, exauce ma prière,
Dit-elle , tombant à genoux ; Grand Dieu , douce Marie , et monseigneur saint Pierre ,
Gardez-moi le Gid mon époux. »
Gette touchante voix, ce regret, rien n'arrête
Le Gid encor victorieux.
Mais le Gid s'éloignant tournait souvent la tète
Devers ce qu'il aimait le mieux.
Et même quelques pleurs sur son noble visage Laissaient leur trace malgré lui;
Et son ami Fanez lui dit: " De ton courage Que diable as-tu fait aujourd'hui? »