LIVRE CINQUIEME
Par-tout , des Sarrasins renversant les murailles, Le Gid poursuit le cours des plus nobles travaux. lie Gid aux Sarrasins a gagné des batailles, Et leur a forcé des châteaux.
Dans celui d'Alcocer , qu'il parvint à surprendre, Il semble toutefois qu'il se soit endormi. Les Maures l'entouraient , et se flattaient de prendre Leur plus redoutable ennemi.
« Ah ! dit Alvar Fanez , qui seul en valait quatre , Que faisons-nous ici? Mieux vaudrait le trépas. Le pain est mal gagné qu'on mange sans combattre. Pourquoi ne combattons-nous pas ?
— Quoi ! répondit le Gid , mon projet, tu l'ignores Tu ne devines pas, toi, mon frère en exploits, Que, devant ce château, j'ai convoqué les Maures Pour les battre tous à-la-fois !
98 LE CÏD.
Je te charge, Fanez, de porter ma bannière, Et vais faire donner le signal des combats. — Cid, je la porterai, dans mon ardeur guerrière, Où tu ne la porterais pas. »
On part : 1 epée agit , et la victoire brille. Les Maures, aux traités alléguant le recours. Firent porter leur plainte au roi de la Castille ; Les vaincus se plaignent toujours.
Alphonse, déployant son ame impérieuse, Par ses ministres, fiers d'un aveugle crédit, Fit écrire à Rodrigue une lettre orgueilleuse ; Et Rodrigue leur répondit:
« Savez-vous qui je suis, vous dont le ton m'étonne. Et qui, dans votre écrit, cherchez à me blesser? Traîtres, je suis celui qui n'offense personne, Et qu'on doit craindre d'offenser.
Je quitte rarement mon armure sanglante ; On voit les braves seuls admis à mon couvert ; Rabiéça bridé hennit près de ma tente , Et je me bats pour mon dessert.
Je n'ai pas fait encor tout ce que je veux faire : Lorsque j'aurai rempli mes desseins hasardeux , Mon roi qu'on a trompé, mais que mon cœur révère, Connaîtra mon plan et mes vœux.