LIVRE V
Toutefois, attendant que son œil se dessille, G esta vous queje parle, hommes trompeurs et vains: On a su me ravir mon bien dans la Castille ; Je le reprends aux Sarrasins. »
Après qu'en une lutte et longue et mémorable Le Maure, en menaçant, a long-temps reculé. Le Gid vient de livrer un choc épouvantable ; Le Gid est triomphant ; mais il est accablé :
Dernier né de son cœur, doux orgueil de sa race, Son fils a fui Burgos pour voler sur ses pas ; Son fils, dont il n'a pu calmer la jeune audace, Au sein de la victoire a trouvé le trépas.
Que fait-il , le héros , eu ces momens funestes? Avec peine en leur cours étouffant ses sanglots , Et pressant dans ses bras ces froids et tristes restes, Le Gid pleure son fils, et le pleure en héros.
« Mou épée après moi doit connaître la rouille ! Mes filles, consolez un père malheureux. Ghez moi , dans m es vieux ans , j e verrai la queuo uille Et je ne verrai point le glaive généreux.
O mon fils, mon seul fils, mon amour, et ma gloire , Tu n'es plus ! de mon nom je serai le dernier.
— Songez, dit un vieillard, qu'à jamais dans l'histoire, Des héros espagnols vous serez le premier.
Pensez à ce héros de qui la destinée
A di^Athène autrefois illustré la cité ;
Et qui , vainqueur à Leuctre , ainsi qu'à Mantinée ,
Tomba, non sans honneur, mais sans postérité.
Mes victoires, voilà ma famille brillante. Disait en expirant ce noble citoyen.
— Ah ! réplique le Cid dont la douleur s'augmente. Il n'eut jamais de fils, et j'ai perdu le mien ! »
Par-tout ajoutant à sa gloire , En défendant, en attaquant, Le Cid s'est fait un territoire Dont la capitale est son camp.
C'est peu que sa valeur qui brille , Par-tout se frayant un accès, liui trace autour de la Castille Une couronne de succès.
En attendant que de Valence Il soit le maître et le patron , Il a fait sentir sa vaillance Aux Musulmans de l' Aragon.