‹ Les romances du CidChapitre 62 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

En vain à ses coups on s'oppose ; Il dompte de son bras mortel Alfagib, le roi de Tortose, Et le comte africain d'Urgel.

Car, fiers encor de leur puissance, Ces Musulmans, de Dieu maudits, Demeuraient voisins de la France Qu'ils avaient cru prendre jadis.

Contre le Cid, lors, de Gironne Accourt un Maure de renom.

Comte puissant de Barcelonne , Dont Béringuel était le nom.

Il joint le Cid, il l'environne , Le croit déjà dans ses liens ; A quel espoir il s'abandonne !

11 est pris avec tous les siens.

La guerre nourrissait la guerre.

Le Cid vainqueur , avec raison S'assurait toujours mainte terre, Ou s'assurait mainte rançon.

Puis , privé de son héritage Par son prince à tort prévenu , Le Cid vivait de son courage.

Et c'était là son revenu.

11 cherche donc la gloire utile.

Au Çid les vaincus s'engageant , Reviennent aux champs, à la ville, Ses vassaux de beaucoup d'argent.

Plusieurs d'entre eux , de leurs promesses , Aux termes viennent s'acquitter.

Mais beaucoup plus, pauvres d'espèces , Viennent tremblans se présenter;

Et baignés de larmes amères , Ceux-là, dans leur affliction, Amenaient leurs enfans, leurs mères, Pour être avec eux caution.

Lui , devant leurs peines cruelles , , Sent battre son cœur généreux.

Alors qu'il les voit si fidèles A-la-fois et si malheureux.

Les recueillant dans leur naufrage, «Calmez, dit-il, votre douleur; Si je sais vaincre le courage , Je suis dompté par le malheur. »

Et, quelque somme qu'on lui doive, Il cède à ses vœux bienfaiteurs , Picmet tout, et, loin qu'il reçoive, 11, paie encor ses débiteurs.

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