‹ Les romances du CidChapitre 63 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Ce noble Cid, que le monde révère, A du banquet retiré sans éclat Vincent Pelez, qui, nouveau dans la guerre, Avait fléchi dans le dernier combat.

11 le sait bien, lui, toujours honorable, Public reproche à l'honneur est mortel.

Au jeune enfant, auprès dune autre table. Il tint tout bas ce discours paternel ;

« Mangeons nous deux , nous qui sommes sans gloire.

Un autre jour nous pourrons être admis

A prendre part à ce pain de Victoire

Que ces guerriers de leur glaive ont conquis.

En attendant que devant nous on tremble.

De ces héros tenons-nous reculés.

Restons ici ; nous serons bien ensemble ;

Je ne vaux pas mieux que vous ne valez.

Envers l'honneur ceux-là qui sont coupables. Pensons-y bien toujours, mon cher Pelez, Ne doivent pas approcher ces vieux diables Que vous voyez avec Alvar Fanez.

Si notre ardeur un jour s'est démentie. Au sang du Maure on lave ces affronts. N'est-il pas vrai ? plutôt perdre la vie Que de n'oser s'asseoir parmi les bons !

On vous a dit comme mon ami Pierre A mes côtés secondait mes travaux.

Non, quoi qu'on ose en penser, un tel père Ne peut avoir enfanté qu'un héros.

Souvenez-vous qu'il me disait sans cesse Ce mot qui doit répondre à votre cœur : " Toute l'Espagne et toute sa richesse Ne paieraient point un affront à l'honneur. "

" Animons-nous d'un courage indomptable.

Peut-être alors, un peu moins irrités.

Ces enragés nous rouvriront leur table.

Allons, jeune homme, après moi répétez : Dans le combat je veux rendre mon ame Sous les guerriers et les chevaux païens, Plutôt qu'en proie à l'opprobre du blâme Je ne sois point estimé des chrétiens.

Dans votre esprit pesez bien ces paroles , Et que le vent ne les emporte pas , Quand , revenus de nos craintes frivoles, Nous rentrerons dans le champ des combats. Votre cheval fut abattu sans doute :

Vous en allez accepter un de moi ; Et, s'il n'est rien que notre ardeur redoute, Aux Sarrasins nous renverrons l'effroi. »

Il dit tout bas au jeune homme en silence ;

Et se levant, et lui tenant la main,

A ses guerriers, compagnons de vaillance,

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