LIVRE V
Il dit tout haut avec un cœur d'airain : » Dans le combat nous voulons rendre l'ame Sous les guerriers et les chevaux païens , Plutôt qu'en proie à l'opprobre du blâme Nous nous voyions méprisés des chrétiens. "
Et sans retard, plein d'une autre espérance, Faisant sonner l'instrument du guerrier , Il fit marcher aux Maures de Valence ; Ce fut Pelez qui marcha le premier.
Portant au loin ses coups irrésistibles , Par le fier Cid ce jeune homme excité, Fit ce jour-là des exploits si terribles, Que le Cid même en fut épouvanté.
« Puisque la sainte Vierge et la faveur des saints Ont permis à mon bras de conquérir Valence , Gusman , mon compagnon , allez aux Sarrasins , Et dissipez l'alarme , et soignez la souffrance. Dites à ces vaincus, modérant leurs regrets. Que le Cid ne veut point accroître leur misère, Que nous sommes les gens les plus doux dans la paix , Si nous sommes altiers dans les champs de la guerre.
Qu'ils ne redoutent pas de venir devant moi : D'un mot je calmerai le trouble de leurs âmes.
Ces fils de Mahomet ne doivent sous ma loi Graindrepour leurs trésors, ni craindrepourleurs femmes Un trésor n'est pour moi qu'un opulent ennui. Quant au goût d'un sérail, je doute qu'il me vienne: Je n'aspirai jamais à la femme d'autrui , Et parle seulement, quand je puis, à la mienne.
Mon frère Al var Fanez, contente mon désir; Va trouver mes enfans et ma pauvre Gliimène : Conte-leur mon succès. Que le jour du plaisir Chasse loin de leurs cœurs tous les jours de la peine. Dis-leur comment, aidé de ton vaiUant secours, Des Sarrasins nombreux j'ai dissipé la liijue ; Porte-leur un peu d'or pour avoir des atours. Et venirvoir Valence et leur ami Eodrigue.
Porte trente des marcs conquis en ce séjour Sur l'autel qui des cieuxvoitSaint Pierre interprète; Et, courant m'excuser sur mon premier détour, Remets à mes Hébreux le double de ma dette. Tous deux de quelque crainte auraient été saisis. S'ils avaient découvert ee détour peu coupable. Mes coffres, il est vrai, de sable étaient remplis : Mais l'or de ma parole était avec ce sable.
Autolinez, chargé de mes vœux les plus doux. Accompagnez Alvar dans sa course brillante. Vous parlez mieux que lui, s'il se bat connue vous; Sa langue est paresseuse, et la vôtre est charmante. Dès que vous aurez vu mon hommage accepté ,