LIVRE V
Vous savez ce qu'il faut que votre voix réclame :
Alvar Fanez au roi dira la vérité;
Vous, redemandez-lui mes enfans et ma femme.
De mes exploits présens, de mes exploits passés , Mon cher Autolinez , vous , compagnon fidèle , Voyez aussi Chimène; avec elle causez.
N oubliez pas sur-tout de chanter avec elle. Car la romance antique et les accords touchans L'ont souvent consolée en son destin barbare. Chimène, après l'honneur, le Cid , et ses enfans , Aime au monde, avant tout, les chants et la guitare.
Alvar, dans le séjour où sont tant d'envieux. Redis bien à mon roi ce que j'ai su te dire. D'un mot, j'en suis bien sûr, tu rendras sérieux Ceux-là qui t'écoutcmt seraient tentés de rire. Partez et revenez promptement, mes amis. Vous allez à la cour; moi , je reste à la gloire. Vous me trouverez mort, ou vainqueur, si je vis ; Car j'ai besoin encor de plus d'une victoire. »
Quand devant le prince on vint l'introduire'. D'un ton simple et fier, Alvar lui dit : ' Sire,
' Si l'indulgence nestpas épuisée par-tout ce qu'on a déjà lu, je la sollicite pour ces vers décasyllabes à hémistiches égaux. Quoique
Les ordres du Gid nous ont seuls conduits. Si vous permettez, du héros que j'aime Je répéterai les paroles même :
Où le Gid n'est pas, c'est moi qui le suis :
<c Des champs où Valence a son beau rivage, Le Gid à son roi fait passer l'hommage Qu'on doit à son prince et que je vous dois. J'ai de vos rigueurs béni la mémoire : Elles ont du Gid augmenté la gloire ; Elles vont d'Alphonse augmenter les droits.
Fanez vous conduit cent coursiers agiles , J)e plus , trente clefs de châteaux , ou villes*, Où mes seuls exploits m'ont fait recevoii-. Je puis à bon droit les garder peut-être : Mais sans hésiter, moi, qui suis un traître. Je remets le tout en votre pouvoir.
Quand je vous remets ces belles contrées, Parles Gastillans long-temps désirées.
Quelque délateur m'accusera-t-il?
Oui, que ce pays, Gastille nouvelle.
S'unisse à l'ancienne , et prouve le zèle Que garde à son roi l'homme de l'exil.
cette mesure inusitée ne me paraisse ni sans grâce, ni sans liarnionie, je ne l'aurais pas adoptée, même pour cette seule fois, si j'avais pu réduire à une mesure ordinaire la phrase très expressive : » Où le Cid n'est pas , c'est moi qui le suis. »