‹ Les romances du CidChapitre 66 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Non sans quelque orgueil , avec mes conquêtes , Seip^neur, envers vous j acquitte mes dettes, Je dois l'avouer sans déguisement ; Mais , vous le savez , pourquoi vous le taire ? Privé de mon bien , chassé de ma terre , Je ne les pouvais payer autrement.

Un de mes amis porte mon message.

Ne lui donnez rien; riche de courage, D'honneur seulement Fanez est jaloux.

Ami généreux , guerrier redoutable, Il a mérité l'accueil honorable Que je n'ai jamais obtenu de vous.

Coûtant assez peu, rendant davantage.

Un accueil flatteur, un riant visage.

Ont aux souverains toujours réussi.

La bonté leur fait des sujets fidèles.

Le Cid l'a prouvé ; des rigueurs cruelles Peuvent quelquefois leur en faire aussi.

Toutefois craignez cette expérience.

Plusieurs sont au Cid égaux en vaillance : Moins peut-être sont aussi généreux.

Tel , vous conservant sa haine implacable , Peut dans sa vengeance être trop coupable , Alors que son roi fut trop rigoureux.

Lorsque Bellido , dans sa lâche envie , Voulut à don Sanche arracher la vie ,

Ses discours flatteurs cachaient le danger. De vils courtisans que peut-on attendre? Ils ne sont jamais prêts à vous défendre, Et seront toujours prêts à se venger.

De ces bas flatteurs accueillant l'intrigue, Peut-être allez-vous dire que Rodrigue Donne des avis éternellement.

Si vous le pensez, je crains pour mon maître. Qui prend des conseils, est perdu peut-être ; Qui n'en prend jamais, l'est assurément. »

Lors un favori, tête jeune et folle,

D'assez haute voix dit cette parole :

" D'après le discours que nous entendons.

Bien facilement nous pouvons connaître

Que le Cid ici voudrait reparaître

Pour recommencer ses graves sermons. »

Rejetant alors son casque en arrière,

Fanez, bégayant de pure colère.

Dit aux courtisans à l'effroi réduits :

« Sur un tel guerrier, flambeau de vaillance.

Qui voudra parler , qu'avant il y pense ;

Où le Cid n est pas , c'est moi qui le suis. »

Tout se tut d'abord devant son courage. Lors Autolinez, au courtois langage.

Tint au roi charmé des discours plus doux. TiC roi , grâce au Cid , roi des deux Castilles ,

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